-
On peut rester amis
Datte: 17/05/2026, Catégories: Humour #nonérotique, #rupture, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... post-rupture est un oxymore toxique ? — Je voulais te dire, j’ai rencontré quelqu’un. Elle avait ce sourire confit qu’on offre quand on annonce une mauvaise nouvelle emballée dans du bonheur personnel. — Il s‘appelle Julien, il est jardinier urbain et apiculteur à temps partiel. Il joue du didgeridoo. Il est incroyable. Il croit en la puissance du silence partagé. Il est tellement… ancré. Je suis trop heureuse. Il veut te rencontrer ! Je lui parle de toi tout le temps. Tu es mon « best friend » après tout ! Toi, tu es mon modèle d’ex, vraiment. Tu es la preuve qu’on peut tout transformer en beauté. Arthur sourit. Un vrai sourire, de ceux qu’on fait avant de plonger dans un ravin. — Génial… On peut rester amis, hein ? Elle le serra fort, comme si elle le déposait dans une boîte avant de la sceller avec du scotch émotionnel. Ce qui devait arriver arriva : Julien, le jardinier urbain, était insupportablement gentil. Trop gentil. Il parlait aux plantes. Aux pigeons. À Arthur. Et… ça marchait. Contre toute attente, Arthur et Julien devinrent inséparables. Ils créèrent un club de lecture pour gens qui ne lisent pas, développèrent un business improbable de « potagers en sac à dos », et firent un podcast sur « le malaise moderne » qui connut un succès viral. Le suivant « écoute ton silence » dépassera les 100000 écoutes. Arthur parraina une des ruches de Julien et lui donna son nom. Un jour, lors d’un dîner végétalien où Clara se sentait légèrement de trop, ...
... elle lança, un peu jalouse (alors qu’ils s’étaient lancés dans un bœuf, Julien au didgeridoo et Arthur au djembé) : — Vous passez beaucoup de temps ensemble, non ? Arthur lui répondit, avec un sourire paisible : — Ne t’en fais pas, Clara… on peut rester amis. Elle ne sut pas quoi répondre. Et ce soir-là, elle sentit pour la première fois ce que ça faisait d’être de l’autre côté de la phrase. Cela faisait maintenant trois mois. Arthur avait arrêté de regarder les stories de Clara. Il ne savait plus si elle était avec Julien, un autre, ou simplement en couple avec elle-même, ce qui, vu les dernières publications qu’il avait pu lire d’elle (s’aimer d’abord pour aimer ensuite), semblait une hypothèse plausible. Lui, il avait retrouvé des goûts qu’il croyait perdus, comme le silence, les pizzas sans graines de chia, les films où personne ne pleure en regardant un arbre. Il s’était même surpris à rire devant une vidéo de chaton qui tombait d’une chaise. Un matin, alors qu’il buvait un café brûlant, en peignoir (mais propre), un message apparut. Un message de Clara : « J’ai rêvé de toi cette nuit. C’était doux. Tu me manques un peu. On prend un verre ? Comme avant ? » Il resta un moment à regarder l’écran. Avant, il aurait répondu dans la minute. Un truc léger et original. Un « Bien sûr ! », ou un « Toujours là pour toi », ou « On est amis ! ». Mais là, non. Pas cette fois. Quelque chose avait changé. Pas par rancune, mais parce qu’il avait compris que ...