1. On peut rester amis


    Datte: 17/05/2026, Catégories: Humour #nonérotique, #rupture, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    ... te regarde. Là, par exemple, je te regarde très fort.
    — Je pense qu’on devrait se séparer.
    
    Elle dit ça avec cette voix douce et conclusive, la même qu’on utilise pour annoncer à un enfant qu’on a vendu son lapin à un monsieur très gentil qui adore le civet. Puis elle lâcha la phrase fatidique :
    
    — Mais… on peut rester amis.
    
    Arthur, qui à ce moment-là avait la bouche pleine, acquiesça. Elle avait dit ça, comme si elle avait dit « tiens, j’ai fait un gâteau aux carottes pour le bureau ». Il n’avait pas bien entendu, mais, comme tout bon mec poli face à une phrase qui commence par « je pense que », après un court bug mental, il dit :
    
    — Oui, bien sûr, on peut rester amis.
    — Oui, des êtres humains connectés par la tendresse, mais libérés du désir. Des alliés de cœur, tu vois.
    
    Le silence s’installa. Dense. Presque solide. Arthur avait envie de l’étaler sur une tartine. Il hocha la tête. Pas parce qu’il comprenait, mais parce qu’il avait un morceau d’œufs brouillés au coin des lèvres qu’il n’osait pas essuyer.
    
    Amis…
    
    Amis ?
    
    Il revit, en flash rapide, les dimanches sous la couette, les séries absurdes, les nouilles japonaises instantanées à minuit, les fous rires sans raison. Et maintenant, tout ça… tout ce passé… ça devait se reconvertir en amitié ? Il aurait voulu hurler. Dire que non, c’était impossible. Qu’on ne passe pas de « je t’aime » à « tu viens pour mon anniv ? Mais c’est plat unique ». Qu’on ne devient pas le confident de la femme qu’on a aimée ...
    ... quand elle commence à s’épanouir sexuellement avec un autre.
    
    C’est ainsi qu’il entra dans cette zone brumeuse et glaciale, « la friendzone post-apocalypse ». Le lendemain, il se réveilla sans le carillon tibétain de Clara.
    
    Étrangement, il crut d’abord qu’il était mort dans son sommeil et qu’il avait atterri au purgatoire. Puis il vit la boîte à pizza vide laissée sur la table basse et il comprit qu’il était juste célibataire.
    
    Il ouvrit son téléphone. Aucun message de Clara. Juste une story Instagram :
    
    « Prendre soin de soi, c’est aussi savoir quitter ce qui ne fait plus danser l’âme #liberté #nouveaucycle #gratitude. »
    
    Il la regarda dix fois. Il voulait la haïr pour cette phrase. Mais, tout ce qu’il ressentait, c’était un vide pâteux, mélange de Nutella et de mélancolie.
    
    J+3 : premier message de Clara « Je n’aurais pas oublié mon spray de lavande sur la table de nuit ? »
    
    Il lut et relut. Elle ne demandait pas comment il allait. Elle demandait une huile essentielle. C’était donc ça être amis ? Des services logistiques.
    
    J+6 : elle l’invita à une soirée « ambiance sororité cosmique & vin naturel ». Il accepta. Il ne savait pas pourquoi. Peut-être parce qu’il espérait. Ou peut-être parce qu’il n’avait rien de mieux à faire que d’écouter une femme en tunique lui explique que l’amour est un prisme quantique.
    
    Quand il vit Clara enlacer un type grand, fin, avec des boucles et un pull en laine vierge, il comprit. Il n’était pas invité en tant qu’éventuel ...
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