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On peut rester amis
Datte: 17/05/2026, Catégories: Humour #nonérotique, #rupture, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
On peut rester amis. (ou comment Arthur a survécu à l’amitié après la fin du monde romantique) Arthur, 32 ans, expert en procrastination active et fervent défenseur du combo chips paprika-blockbusters, vivait une histoire d’amour tranquille avec Clara. Tranquille, au sens où ils ne se disputaient que sur des sujets importants, comme l’ordre des épices dans le placard ou l’usage abusif du mot « disruptif ». Arthur n’avait pas toujours tout compris sur les relations par le passé, mais il avait compris Clara. Enfin, c’est ce qu’il croyait. Il avait toujours pensé que le couple, c’est comme un canapé. On choisit un modèle confortable, pas trop voyant, qui tient dans le temps. Et quand il s’abîme, on ne le jette pas, on met un plaid dessus et on fait avec. Clara, elle, était faite d’étoiles, d’intentions bio et de répliques de séries qu’Arthur ne regardait jamais. Elle avait des rêves. Des rêves de voyages, de sens, de yoga au lever du soleil. Elle pensait que le couple, c’était comme un voyage. Il fallait que ça bouge, que ça « s’élève », que ça « élève ». Elle disait souvent qu’elle voulait vibrer autrement. Ils s’étaient rencontrés à un atelier d’initiation à la poterie. Arthur y était entré par hasard, croyant qu’il s’agissait d’un bar à tapas, proposant des dégustations. Clara, parce qu’elle voulait se reconnecter avec « l’argile primordiale » (elle parlait souvent comme ça). Il avait cassé trois bols, elle avait ri, ça avait suffi. Trois ans plus tard, ils ...
... vivaient ensemble dans un deux-pièces « à potentiel », c’est-à-dire sombre et humide, mais bien situé. Ils avaient leurs habitudes, brunch le dimanche, séries coréennes le mercredi, dispute mensuelle sur la gestion des mails administratifs. Un couple normal, donc. Un samedi matin, alors qu’Arthur cherchait désespérément à comprendre pourquoi il y avait du tofu dans ses œufs brouillés, Clara, bol de quinoa à la main, se planta devant lui, les yeux plein de sagesse amère. — Arthur, faut qu’on parle. Arthur la regardait sans la voir. Il pensait à ses mails non lus, aux lasagnes de la veille, au fait qu’il avait mal dormi parce que Clara avait mis une playlist de bol tibétain pour s’endormir. Il sentit immédiatement que ce n’était pas pour lui annoncer qu’ils avaient gagné un service à raclette à la tombola du quartier. — Arthur… Tu sais que je t’aime beaucoup, hein ? T’es quelqu’un de stable, doux… Tu sens bon, enfin, la plupart du temps. — Merci, répondit Arthur, méfiant, la fourchette entre son assiette et sa bouche. — Mais je sens qu’on n’avance plus. Tu vois, ce que je veux dire ? Je me sens en boucle. J’ai besoin de me retrouver… seule. Je crois qu’on est arrivés au bout de notre chemin. Il ne voyait pas, non. — On est dans la cuisine, pas sur Compostelle, répondit-il sans lever les yeux de son assiette. — Je suis sérieuse. On tourne en rond. On s’aime… mais on ne vibre plus. On s’écoute, mais on ne s’entend pas. On ne se regarde plus comme avant. — Je ...