1. J’étais banc, et je savais


    Datte: 07/05/2026, Catégories: #recueil, #exercice, #psychologie, #société, #confession, Auteur: Jiw, Source: Revebebe

    ... monde continue.
    
    Des culs nouveaux se posent chaque jour. Des vérités sortent. La plaque officielle me gratte un peu, mais elle est mignonne : « Le Banc de la Vérité(mais assise, hein, faut pas déconner) ». Elle me fait rire. Si je pouvais.
    
    Et moi, je suis là. Je suis prêt.
    
    Je suis usé. Mais puissant. J’ai dans mes fibres les histoires de tout un village. Et quand je grince, ce n’est pas le bois : c’est un souvenir qui se réveille.
    
    Je suis un banc.
    
    Et j’attends ton cul.
    
    Il paraît que les arbres, à la différence des murs, n’écoutent pas. Que les objets sont muets. Mais je vais vous dire un truc : chaque nœud de bois est une oreille. Et moi, j’en ai des centaines.
    
    Je me souviens de tout.
    
    De Ginette qui a confessé un adultère vintage sans cligner de l’œil. De Mireille, la prof à la morale molle, qui s’est liquéfiée de honte et de lubrification simultanée. De Raymond et son string. Oui, celui qui aimait être « contenu, mais coquin » … Je peux encore entendre l’élasticité du tissu dans mes fibres.
    
    Je garde tout. Pas pour trahir. Pour que ça existe.
    
    Je suis le carnet de notes de l’inavouable. Et parfois, la nuit, quand plus personne ne vient, je revis les scènes. Je ressens encore la chaleur de vos fesses, la montée du secret, ce petit frisson qui passe de l’anus à l’âme. Je ne suis pas obscène. Je suis révélateur.
    
    Mais il faut que tu saches : je ne choisis pas.
    
    Je ne filtre pas.
    
    Je ne trie pas entre le beau et le sale. Je suis un miroir posé ...
    ... à ras de sol. Et tout le monde y voit ses hémorroïdes sentimentales, ses furoncles érotiques, ses cicatrices familiales. Le beau, c’est vous qui le faites. Moi, je ne suis qu’un canal. Un siphon de sincérité.
    
    Parfois, je me demande si j’aurais pas dû être un banc de square. Avec des pigeons, des mamies, des petits pots de compote. Une vie tranquille. Mais non. J’ai été sculpté dans un bois trop conscient. Et maintenant, je suis condamné à vivre entre vos fesses et vos fautes.
    
    Mais tu veux que je te dise ?
    
    J’adore ça.
    
    Pas par vice. Par vérité. Parce que la vie humaine, quand elle se déshabille de ses poses et de ses postures, elle devient incroyablement drôle, et tragique, et vraie. Je suis un banc, d’accord. Mais à ma façon, je suis aussi un psy, un témoin, un confident.
    
    Je ne parle pas. Mais je comprends.
    
    Et ce que je comprends, c’est que vous avez tous une phrase coincée. Une seule. Mais énorme. Une phrase que vous n’avez jamais dite. Et que vous redoutez de dire autant que vous brûlez de la hurler.
    
    Et moi, je suis là pour ça.
    
    Il y a quelques jours, un gamin s’est assis. Quinze ans, les épaules rentrées, le regard en biais. Il s’est posé, et paf :
    
    — Je veux pas devenir comme mon père. Mais j’ai peur, parce que je ris comme lui. Et j’ai déjà menti à ma mère avec sa voix.
    
    Il s’est levé, bouleversé. Mais plus léger.
    
    Hier, une vieille dame s’est assise avec un bouquet de fleurs. Elle a dit :
    
    — J’ai aimé une femme. C’était il y a longtemps. On ...