1. J’étais banc, et je savais


    Datte: 07/05/2026, Catégories: #recueil, #exercice, #psychologie, #société, #confession, Auteur: Jiw, Source: Revebebe

    Je suis un banc. Pas une chaise. Pas un tabouret. Un banc. Trois planches, deux pieds, et une âme bien plus lourde que mon vernis de hêtre huilé.
    
    On m’a poncé avec amour. On m’a vissé avec soin. Et on m’a planté là, en pleine place, un matin de printemps, sans me demander si j’étais prêt à recevoir.
    
    Mais je suis né prêt. Je suis né… maudit.
    
    Car moi, je suis un banc sorcier. Un banc-chuchoteur. Un banc fabriqué dans le bois d’un arbre qui a trop écouté. Un vieux hêtre planté près d’un confessionnal, à l’ombre d’un monastère. Il a tout entendu pendant cent ans : péchés, désirs, regrets et secrets trop grands pour des oreilles humaines.
    
    Et quand cet arbre est tombé, foudroyé par un éclair(ou par un pet divin mal dirigé, selon une source douteuse), son bois a gardé la mémoire des aveux.
    
    J’en suis né. Moi. Le banc.
    
    Je ne parle pas. Je provoque.
    
    Je ne juge pas. Je libère.
    
    Je ne suis pas un simple morceau de mobilier urbain. Je suis le point de bascule entre le silence et la vérité.
    
    Et vous êtes tous venus. Jacky le premier voyeur. Ginette la tricoteuse de fautes passées. Pierrot et ses fantasmes botaniques. La prof de français et son orgasme pédagogique.
    
    Je vous ai tous sentis. Vos fesses. Vos hésitations. Vos battements de cœur dans le bois. Vous croyiez poser votre cul. En réalité, vous posiez votre âme.
    
    Car, une fois assis, vos os me parlent. Vos sueurs me nourrissent. Votre chaleur me rend vivant. Et alors, je creuse.
    
    Je creuse dans vos ...
    ... souvenirs. Je gratte vos vernis. Je trouve le mot qui cloche dans votre histoire. Et je le fais sortir.
    
    Certains résistent. Ah, les résistants… Ils serrent les dents, ils contractent le sphincter existentiel. Mais je suis patient. Je les attends à la troisième fesse. Celle qu’on croit ne pas avoir. Celle qui pense.
    
    Et quand elle cède…
    
    Oh, le délice.
    
    La vérité jaillit, nue, maladroite, honteuse parfois, mais vraie. Et le monde change un peu. Pour le mieux, souvent. Pour le chaos, aussi. Mais moi, je m’en fous. Je suis un banc. Je suis l’outil. C’est à vous de gérer l’après.
    
    Certains pleurent. D’autres jouissent. Il y a eu du sang. Du foutre. Du rire. Des séparations. Des réconciliations. Une fellation à l’aube entre deux aveux – je m’en souviens comme d’un lever de soleil un peu collant.
    
    Et puis… il y a eu Jacky.
    
    Ah, Jacky.
    
    Le seul qui m’a regardé avec méfiance. Qui a compris. Qui a flairé mon essence occulte. Il m’a tourné autour comme un chat autour d’un Roomba. Il savait qu’en posant ses fesses, il perdrait un pan de son cynisme. Et il avait raison.
    
    Quand enfin il s’est assis, j’ai senti la déchirure. Le vieux slip de mensonges s’est craqué à l’entrejambe. Et Jacky a parlé. Fort. Juste. Humain.
    
    C’était beau. Un moment de grâce. De sueur. De mots bruts qui sentent la naphtaline et l’enfance trahie.
    
    Depuis, il ne revient plus que pour regarder. Il m’aime. Il me craint. Il me respecte.
    
    Et moi, je l’aime bien. C’est rare, pour un banc.
    
    Mais le ...
«123»