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Le grand secret de la Francine
Datte: 05/05/2026, Catégories: Humour #ruralité, #nonérotique, #confession, Auteur: Rainbow37, Source: Revebebe
... l’pharmacien ! Francine toise le banc, ses yeux plissés trahissant une méfiance ancienne. Elle l’avait évité depuis son arrivée, comme on évite un miroir trop sincère. Mais une pauvre feuille scotchée et annotée « REPOSÉ VOUS SUR LE SIÈGE RÉSERVEZ AU DAME » la pique au vif. Elle marmonne : — Pfff, n’importe quoi, quel crétin n’a pas été assez longtemps à l’école pour mettre autant d’fautes dans une phrase ? Poussée par son sens de l’ordre, elle arrache le papier, plisse les yeux, semblant reconnaître cette écriture grossière. Sans y penser, absorbée par son enquête graphologique, elle pose son derrière sur le bois lustré. Jeannot, tapi derrière un platane, retient son souffle, son cœur battant comme un tambour de guerre. Hervé, oubliant sa comédie, a la paupière qui frétille. Josette se demande si elle fera de la confiture ou un clafoutis avec les mûres. Un pigeon, perché sur une branche, roucoule, indifférent au drame à venir. Francine, immobile, fixe l’horizon, ses mains crispées sur son panier. Puis, d’une voix claire comme une cloche, elle parle : — En 44, y a eu c’te chose avec un Allemand. Un jeune, Otto, qui passait dans ma rue pour revenir d’la gare. J’ai fait un truc… J’pouvais pas l’garder pour moi et j’me suis confessée pour ça. Jeannot sent une sueur froide couler le long de sa nuque, il se relève pour sortir de sa cachette, et son dos craque. Hervé écarquille les yeux. La place semble retenir son souffle, suspendue à la confession. Jeannot, ...
... dans son esprit, voit déjà Francine avouer une passion défendue, des étreintes furtives dans l’ombre d’une grange avec l’ennemi. Ses poings se serrent, son souffle se bloque. Francine poursuit, impassible : — J’ai relevé le bas de ma robe. Juste un peu. Pour lui montrer… mes chevilles. Il m’a souri, il a dit « Schön », et il est parti. Voilà. J’avais dix-huit ans, j’voulais plaire. C’est tout. Un silence tombe, lourd comme une enclume. Puis un soupir collectif s’élève. Jeannot émerge enfin, son dos ayant finalement réussi à se déplier, le visage cramoisi, ses bras battant l’air. — TES CHEVILLES !?! Pendant soixante ans, j’me suis bouffé l’cerveau à t’imaginer cul nu avec un Fritz, et t’as juste montré tes putains d’chevilles !?! Hervé, plié en deux, rit à s’en étouffer. — Oh l’Jeannot, t’es cuit ! T’as monté un plan d’génie alors qu’elle a même pas montré ses mollets d’coq ! Francine, toujours assise, croise les bras, un sourire gêné jouant sur ses lèvres. Puis elle se rebiffe. — Et vous deux, les espions d’bazar ? Vous voulez pas tester l’banc, tant qu’vous y êtes ? Allez, Hervé, fais pas ta chochotte ! Jeannot ricane, prêt à railler, mais Hervé, piqué dans son orgueil, bombe le torse. — Moi, j’ai rien à cacher ! Tout l’monde sait pour la soutane. J’vais m’asseoir, et vous verrez qu’j’suis aussi lisse qu’l’cul du p’tit Jésus ! Il s’installe, son menton relevé comme celui d’un roi. Trois secondes s’écoulent, lentes comme une goutte de miel. ...