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L'aurore d'une Valentine
Datte: 01/05/2026, Catégories: #initiatique, #romantisme, fh, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
... autour d’elle depuis l’enfance, ces conversations qui s’arrêtaient lorsqu’elle approchait. Elle n’avait jamais été qu’une ombre, au mieux, une gêne polie. Et puis, elle se rappela ce jeune homme près du feu. Il s’était installé non loin d’elle, l’observant par-dessus les flammes vacillantes. Elle avait senti son regard sur elle. Intrigué ? Curieux ? Avait-il vu sa jambe ou seulement son visage éclairé par la lueur tremblante ? Elle n’avait pas osé bouger, de peur que le charme ne se brise, de peur qu’il découvre ce qu’elle s’efforçait de cacher. Alors, elle était restée là, figée. Espérant qu’il la perçoive autrement, tout en redoutant qu’il devine son secret, qu’il lise en elle et qu’il ne voit plus que son infirmité. Et pourtant… il n’avait rien dit. Peut-être n’avait-il pas remarqué sa différence. Peut-être ses yeux s’étaient-ils simplement attardés sur elle, sans s’arrêter aux apparences. Elle inspira profondément, chassant cette pensée aussi douce que troublante. — Je… Sa voix se brisa. Elle baissa les yeux. — Je voulais qu’on me considère autrement. Qu’on me regarde sans préjugé. C’était la première fois qu’elle l’admettait à voix haute. La vieille femme hocha la tête, comme si elle s’y attendait. — Et maintenant, que découvres-tu en toi ? Le silence tomba. La vérité brutale jaillit : rien n’avait changé. Elle boitait toujours et sa recherche n’avait pas abouti. Tout le chemin parcouru, toute sa fatigue, n’avait servi à rien. Pourtant, ...
... quelque chose en elle luttait contre cette évidence. Des souvenirs affluèrent. Cet enfant qui l’avait regardée avec admiration après qu’elle l’eut aidé à traverser un torrent en crue. Cette femme égarée dans la forêt, à qui elle avait tenu la main toute une nuit, jusqu’à l’aube, jusqu’à ce que la peur s’efface. Cette mère qu’elle avait soutenue pendant l’accouchement, et qui avait pleuré de gratitude en serrant son nouveau-né contre elle. Elle les revoyait tous. Leur reconnaissance aussi. Aucun d’eux ne l’avait regardée comme une boiteuse. Et elle comprit. Elle s’était crue incomplète, elle s’était vue comme un poids mort. Elle avait couru après un Valentin fantôme, pensant qu’en le trouvant, elle existerait enfin aux yeux des autres. Mais à chaque pas de son voyage, c’était elle-même qu’elle avait rencontrée. Les flammes crépitèrent doucement, comme pour approuver sa révélation. Alors, elle releva lentement les yeux vers la vieille femme. Une lueur nouvelle brillait au fond de ses prunelles. Celle annonçant l’aube après les ténèbres. — Je crois… que je n’ai plus besoin de le trouver pour exister. Telle que je suis, je me sens enfin moi. Un sourire ridé s’étira sur les lèvres de son hôte. — Beaucoup cherchent leur moitié, espérant que son regard leur renverra une image d’eux-mêmes qu’ils puissent enfin aimer… un leurre. Rares sont ceux qui comprennent que, pour aimer véritablement, ils doivent d’abord apprendre à s’accepter tels qu’ils sont. Elle marqua une ...