1. L'âme du cerisier


    Datte: 12/04/2026, Catégories: nonéro, fh, amour, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    Le rêve aliénant
    
    Elle se voyait acculée dans la cour carrée. Les murs gris, suintants et infranchissables, l’écrasaient de toute leur hauteur accablante. Devant elle, le molosse grondait, son pelage hérissé et ses babines retroussées dévoilaient des crocs pointus, plus acérés que des lames de poignard. Une bave répugnante dégoulinait de sa gueule terrifiante. Ses grognements sinistres résonnaient dans le silence pétrifiant.
    
    Elle savait qu’elle rêvait. Mais cela n’y changeait rien. Le cauchemar revenait chaque nuit, implacable. C’était tout ce qui lui restait.
    
    Alors, elle subissait son martyre et, avec lui, la souffrance, l’horreur, la honte, le prix à payer pour que l’Ombre, qu’elle attendait fébrilement, revienne.
    
    Mais avant, il fallait endurer la morsure…
    
    Les yeux rouges du molosse, injectés de sang, la fixaient avec une cruauté vorace. Ils l’enveloppaient, la dominaient, l’absorbaient tout entière, se nourrissant de son épouvante. Puis, il bondit, la renversa. Ses mâchoires se refermèrent sur sa cuisse. Une douleur vive, insupportable, irradia son corps, la cisaillant presque, tandis qu’un cri déchirant s’échappait de ses lèvres. Elle se figea. Toute résistance était vaine. Elle le savait. Alors, elle endurait son tourment jusqu’à ce qu’il se lasse, qu’il la lâche et qu’il disparaisse, la laissant pour morte.
    
    Et c’était dans cette immobilité désespérée que l’Ombre surgissait.
    
    D’abord, elle la sentait, comme un souffle léger dissipant l’air poisseux ...
    ... qui la faisait suffoquer. Puis venait la chaleur douce, une chaleur qui s’insinuait en elle, apaisant son calvaire. L’Ombre n’avait ni forme ni visage, mais elle était là, pour elle, telle une force réconfortante qui veillait sur elle.
    
    Dans cet instant fugace, elle n’était plus une victime abandonnée à son bourreau. L’Ombre la protégeait, l’aimait, la guérissait. Dans son rêve, elle retrouvait l’illusion d’un corps intact, d’une âme réparée.
    
    Mais ce soulagement ne durait qu’un temps. Un mirage éphémère. Quand elle se réveillerait, tout reviendrait la heurter de plein fouet : la peur, la honte, le dégoût d’elle-même et, plus que tout, cette solitude qui l’enfermait dans une carapace glacée.
    
    Elle ouvrit les yeux dans un sursaut, son souffle court, les muscles tendus. Pendant quelques secondes, elle resta figée, tous les sens en alerte. Dans la pénombre de sa chambre terne, il n’y avait rien d’autre qu’elle et ses démons.
    
    Elle passa une main tremblante sur son front moite, puis glissa ses doigts jusqu’à sa cuisse. Sous le coton de sa chemise de nuit, elle sentit la cicatrice, rugueuse et indélébile. Une blessure qui ne se refermera jamais. Elle était à la fois le stigmate caché de son enfer et le rappel cruel qu’elle y avait survécu.
    
    Ce n’était qu’un rêve, se répéta-t-elle en fixant le plafond. Mais elle savait que ce n’était pas vrai. Ce rêve, elle le portait en elle. Il était la manifestation d’un passé qu’elle ne pouvait fuir. La pièce était vide, morne, mais, ...
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