1. Et si c’était possible !


    Datte: 09/04/2026, Catégories: nonéro, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    ... provenances avaient l’habitude de camper aux abords de la bourgade où elle vivait et cela l’avait familiarisée avec les dialectes étrangers. Elle était même douée pour apprendre à les parler. Alors elle mit en application ce qu’elle savait faire : elle laissa les mots s’infiltrer dans son esprit qui les décortiqua, les analysa afin de trouver les similitudes lexicales et grammaticales qui lui permettraient de décoder leur signification. La langue parlée par l’autre clan présentait plusieurs racines étymologiques communes avec la sienne. Se pourrait-il que les deux idiomes aient la même origine ? se demanda-t-elle avec incrédulité. Encore une découverte déstabilisante à laquelle elle était loin de s’attendre ! Jamais elle ne s’était autant sentie sur des charbons ardents.
    
    — Sara… Et toi ? Répondit-elle après une courte hésitation, en articulant distinctement et lentement chaque syllabe.
    
    Son interlocutrice hocha doucement la tête pour lui montrer qu’elle avait compris et répondit en énonçant à son tour, chaque mot le plus clairement possible.
    
    — Sois la bienvenue, Sara. Je me nomme Tehila et je t’offre l’hospitalité.
    
    L’hospitalité ! Une coutume qu’elle pensait être l’apanage de son clan… Encore une certitude qui tombait en la plongeant dans une confusion toujours plus grande.
    
    « L’hospitalité est une tradition millénaire des peuples du désert. Elle nous rappelle que le plus grand danger ne provient pas de l’autre mais du désert lui-même. Pour y survivre, il faut ...
    ... rester solidaire », lui avait expliqué sa grand-mère. Cette dernière s’était tue un instant avant de rajouter, en posant l’index tendu sur sa poitrine, à la hauteur du cœur : « Sache ma fille que le désert le plus dangereux n’est pas fait de sable, mais est celui que chacun porte en lui. Notre désert intérieur. Car si nous nous y égarons, nul ne pourra partir à notre recherche pour nous porter secours ! ».
    
    Pétrie de doutes, déchirée par les contradictions, incapable du moindre discernement, elle ne sut que répondre et laissa un silence embarrassant s’installer. Au bout d’un moment, elle prit la mesure de son inconduite. Tehila l’avait accueillie et elle ne l’avait pas remerciée. Un manque de politesse notoire, qui risquait d’entacher la réputation de son clan. Ne lui avait-on pas enseigné à se montrer toujours digne et fière de ses origines et de ne jamais fléchir devant l’adversité ?
    
    — La paix soit avec toi, Tehila, finit-elle par lâcher du bout des lèvres, à son cœur défendant.
    
    Elle sentit le regard de celle dont elle était la débitrice l’examiner, l’air interrogateur. Comme si cette dernière cherchait sur son visage une réponse à une question préoccupante. Son visage… Son visage était dénudé ! Elle se sentit devenir écarlate en le recouvrant précipitamment de son voile. Son embarras n’était pas passé inaperçu car Tehila la fixait maintenant le front plissé.
    
    — Pourquoi fais-tu cela ? Ta religion n’impose-t-elle pas le port du voile qu’en présence des hommes ? ...
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