1. Garimpeiros


    Datte: 06/04/2026, Catégories: #aventure, amour, Auteur: Someone Else, Source: Revebebe

    ... n’ai pas fait tout ce chemin pour me retrouver à l’improviste avec un porte-manteau au détour d’une rue, je ramasse mes cliques et mes claques, je saute dans le premier bus pourri direction Manaus, je prends bien garde de ne pas attendre le terminus pour en reprendre un autre encore plus pourri et c’est comme ça que je me retrouve en pleine forêt amazonienne dans un petit village d’orpailleurs où, faute de mieux, j’espère que mes deux loustics auront beaucoup de mal à retrouver ma trace.
    
    Là-bas, c’est génial : tu te pointes dans un truc qui ressemble vaguement à un garage, tu demandes s’ils ont du taf pour toi et un quart d’heure plus tard, tu te retrouves à essayer de ressusciter la pompe à eau d’un camion antédiluvien avec ta bite et ton couteau… Mais y a au moins un truc qui est bien : pour autant que tu fasses le boulot correctement, c’est tous les soirs qu’on te file quelques billets verts ou, à l’occasion, une pincée d’or pur : bref, en avant la musique.
    
    Et quand les clients sont contents, ils t’invitent bien souvent à venir boire une bière au bistrot local – plutôt un tas de planches bancal qui peine à ne pas prendre l’eau de toutes parts quand il pleut, et je vous prie de croire qu’il pleut souvent en Amazonie, et c’est pas pour rire – et c’est comme ça qu’un soir, j’assiste à une vente de concessions. Alors, évidemment, au début, il y a les plus grandes et plus prometteuses des parcelles qui s’arrachent à prix d’or, puis celles qui ont de moins en moins ...
    ... d’intérêt… Jusqu’à ce que les derniers terrains soient l’objet d’une tombola où, je ne sais pourquoi, je participe.
    
    Bref, pour un truc genre deux dollars, me voilà propriétaire d’un morceau de terrain en pleine jungle dont la particularité est d’être traversé en plein milieu par un petit ruisseau. Chance : c’est en général là que se trouve l’or, enfin, à condition qu’il y en ait eu un jour et qu’il en reste encore…
    
    Après avoir creusé sans fin le lit de la rivière et, à gauche, la partie en contrebas de celle-ci – et n’avoir vraisemblablement trouvé que des clopinettes – l’ancien proprio a tout laissé sur place : la cabane en planches qui s’avère être presque confortable, l’indispensable pompe à eau, la pelleteuse que je m’empresse de réparer et quelques outils. Vous vous en doutez, quand je n’ai pas les mains dans le cambouis, la tentation est grande d’aller grattouiller et tamiser moi-même dans tout ce fatras… Où, sans surprise, je ne trouve rien.
    
    L’or est un métal lourd, c’est donc toujours dans les points bas qu’on le trouve… Sauf qu’à y regarder à deux fois, j’ai bien l’impression que la flotte n’a pas toujours coulé là où elle se trouve aujourd’hui, mais, à une époque, un peu plus haut. C’est ainsi que, sous le regard effaré des autres orpailleurs toujours prompts à te donner de bons conseils, je m’attaque au côté droit où, devinez quoi, subitement et sans même avoir creusé profondément, je passe du statut de chercheur d’or à celui, particulièrement envié, de trouveur ...
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