1. Garimpeiros


    Datte: 06/04/2026, Catégories: #aventure, amour, Auteur: Someone Else, Source: Revebebe

    ... visiblement préoccupée – ce qui ne lui arrive jamais, quoi qu’il arrive – en tirant la tronche. Elle est même à deux doigts de pleurer dans mes bras.
    
    — Qu’est-ce qui se passe ?
    — Il y a une bande de guignols qui veulent mettre la main sur la prostitution, et ils sont venus me voir.
    — T’as refusé, je suppose ?
    — Oui, bien sûr… Je n’ai pas besoin de leur protection à la con, je n’ai jamais eu de maquereau, ce n’est pas pour commencer aujourd’hui. Maintenant, tu sais, ça serait quand même bien que tu la trouves, cette foutue pépite…
    
    Je mens alors éhontément.
    
    — Oui, sauf que c’est pas si simple…
    
    Parce que c’est une évidence, il serait temps de partir, aussi bien pour elle que pour moi, les coups de flingue commencent à voler bas – et c’est d’ailleurs ce que font bon nombre de chercheurs d’or moins chanceux que moi. Mais qu’en même temps, je n’ai pas envie de m’asseoir sur les trente ou quarante grammes de métal précieux que je remonte quasi quotidiennement… Il y a des milliers de malheureux qui, malgré un travail de titan, n’ont jamais rien remonté, alors que, pour moi, c’est le jackpot ! Être prêt à prendre tous les risques – et à en faire prendre à tous ceux qui vous entourent – on a beau rétrospectivement ne pas en être fier, c’est l’une des caractéristiques de la fièvre de l’or.
    
    — Oui, ben moi, dès que j’ai assez de fric, je me casse, et ce sera avec ou sans toi. Ça devient trop dangereux.
    
    Quelques semaines s’écoulent… Mais le principe d’un filon, c’est ...
    ... que ça a un début, mais aussi une fin… Et à un moment, il est temps de me rendre à l’évidence, quand il n’y en a plus, ben y en a plus.
    
    Je me rends alors à l’Eldorado, juste pour y rencontrer Claudia qui, d’après ce que l’on me dit, multiplie les passes comme elle ne l’a jamais fait, à tel point que je suis obligé d’attendre presque une heure pour enfin pouvoir monter avec elle. Entre deux coups de reins pour donner le change aux probables voyeurs qui, entre les planches disjointes, trouveraient ça louche que je me la foute sur l’oreille, je lui glisse quelques mots.
    
    — D’ici une petite semaine, il est fort possible que tu trouves un mot à la cabane. Surtout, tu n’en parles à personne et tu pars les mains dans les poches, on achètera tout sur place.
    
    À Manaus, je l’ai attendue toute la semaine… Mais elle n’est jamais venue. J’aurais dû m’en douter, elle m’avait toujours dit qu’elle ne savait pas si elle me rejoindrait, qu’elle préférait peut-être partir toute seule – l’indépendance est un état d’esprit tout ce qu’il y a de plus respectable – et qu’elle avait peur que, finalement, et aussi merdique soit-elle, cette vie ne finisse par lui manquer.
    
    Alors, je suis parti tout seul en me disant qu’après tout, elle avait fait son choix et que je devais m’y plier. Finalement, elle serait peut-être plus heureuse dans cette vie qu’elle n’avait pourtant a priori pas choisie.
    
    En France, j’ai refait ma vie : plus de Legrand dans les pattes, du pognon plein les fouilles et un ...