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Imbroglio
Datte: 26/03/2026, Catégories: #policier, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... êtes juste une tueuse, Mademoiselle, rien qu’une petite tueuse. Là-dessus, il faisait erreur. Une tueuse est payée pour tuer, et ça ne m’est jamais arrivé. Il y a même lieu de croire que ça n’arrivera jamais. J’avais toujours la ferme intention de me sortir de ce guêpier par le haut. Bon, je décidais plutôt de passer à la politique de l’eau dans le vin et de mettre en pratique les vertus sociales de l’hypocrisie bien pratiquées : — Très bien, vous avez raison, tout cela ne nous mène nulle part, en effet. Offrez-moi un verre et n’en parlons plus. Il eut un sourire parfaitement faux pour dire : — Ah, très bien, je vous préfère ainsi. Ces Messieurs vous attendent… J’espère que Mademoiselle Kürschner a été… convenable ? Je me demandais ce qu’il entendait par « convenable ». Mais son hésitation avant de prononcer le mot et son air pincé, m’aguillaient facilement. Pour un peu, il m’aurait prise par l’épaule affectueusement. Encore un spécialiste du mensonge et des réactions caméléons, décidément. De près, je trouvais son eau de toilette un peu trop forte et entêtante. Nous avons longé un couloir chargé de commodes, de consoles, d’armures Renaissance allemandes, d’épées, masses d’armes, et autres fléaux accrochés au mur. Enfin bref, toujours ce bric-à-brac hétéroclite. En revanche, c’était vraiment d’époque, un endroit finalement intéressant pour un cambrioleur un peu doué. L’aristocrate prussien ouvrit une porte gigantesque à doubles battants, et s’effaça ...
... pour me laisser passer. Nous sommes entrés dans un salon gigantesque où trônait un piano à queue Pleyel, mais qui paraissait minuscule là-dedans. Il y avait aussi une multitude de fauteuils et canapés, deux ou trois tapis de Chiraz et au fond une cheminée qui prenait les deux tiers d’un pan de mur et où brûlait l’équivalent de la moitié de la Forêt-Noire. S’incorporaient au décor deux hommes, aussi vêtus de noir que les fauteuils sur lesquels ils étaient assis. Je me fis la réflexion qu’ils étaient tellement immobiles qu’on avait le sentiment d’être au Musée Grévin. Ils se mirent en mouvement en chœur pour se lever. L’un était grand et mince, à peine quarante ans certainement. Bel homme, de la prestance, joli costume, Armani à coup sûr, un mix entre un banquier suisse et un cadre sup de multinationale. L’autre était plus petit et gras, plus âgé aussi, la cinquantaine, la lèvre inférieure molle et tombante, un costume de marque aussi, mais informe et froissé, cela certainement dû à sa morphologie. — Je vous présente Messieurs Jasper Honegger(le plus jeune) et Mathias Reinhardt(le plus gras). — Enchantée, dis-je sans conviction. Honegger me tendit la main droite et serra la mienne avec un sourire charmeur en coin. La poignée de main de Reinhardt était, quant à elle, molle, humide et froide en même temps. Pas vraiment agréable. — Schnaps ? demanda Von Hasselbach. Reinhardt s’empressa d’accepter. L’aristo se tourna vers moi : — À moins que ce ne soit trop fort ...