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Imbroglio
Datte: 26/03/2026, Catégories: #policier, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... puis la guerre larvée. Finalement, elle ajouta : — Je tiens à dire que je n’ai pas aimé le rôle que j’ai joué. Je m’abstins de la moindre remarque, la laissant continuer : — Je ne sais pas si je dois… Mais après tout, si vous avez l’occasion de passer à Genève, je peux vous laisser mon adresse… Enfin, si vous voulez… — Bien sûr, fis-je. Très volontiers. — 14 quai Gustav Ador. Finalement, pourquoi pas ? — C’est là, me dit-elle, prenez à droite. Elle me désigna une petite route privée traversant un bois de sapin. Au bout se tenait une monstrueuse bâtisse qui se donnait des faux airs de château. C’était tout ce qu’il y a de plus grotesque. Karolina sortit de la voiture et me demanda d’en faire autant. On y était. J’allai enfin savoir à quoi correspondaient toutes ces simagrées. Un type parut dans l’encadrement de la porte. — Sie kommen sehr spät(vous arrivez tard), dit-il d’une voix qui se voulait grave. S’il croyait avoir l’air menaçant, il se trompait. Ce devait juste être un larbin qui venait ouvrir la porte. Tout au plus un super-larbin. Pas de quoi arborer cet air supérieur de toute manière. — Mes affaires sont dans le coffre, dis-je d’un ton badin. Karolina me regarda, faillit dire quelque chose, monta dans sa Porsche, et fit tourner le moteur. Super-larbin se décida à aller chercher mon sac dans le coffre. Il fulminait intérieurement, manifestement. Je regardais la Porsche démarrer et s’engager dans l’allée. Un léger sentiment de ...
... manque me gagna. Comme quoi, on change parfois d’opinion sur les gens. Je passais devant Super-larbin et me retrouvais dans un hall démesuré, absolument hors de sens, rempli de vieilleries néogothiques, d’un goût peu sûr. Un homme entre soixante et soixante-dix ans est apparu en haut de l’escalier monumental au fond du hall. Il avait beaucoup d’élégance. De tenue, plutôt, c’était le parfait aristocrate prussien, une vraie caricature. Il était grand et mince, se tenait droit, un peu comme s’il avait un lumbago, avait un hâle naturel, des cheveux blancs coupés en brosse et des fines lunettes à monture dorée. — Je suis le Comte Graf Magnus Von Hasselbach. Fichtre ! Avec un nom et un titre pareil, les terres de ses ancêtres devaient couvrir l’ensemble de l’Europe centrale jusqu’à la Pologne. Tout ce cirque commençait à me saouler. — Parfait, Cher Monsieur. En revanche, je vois que votre conception féodale de l’honneur, la chevalerie, ce genre de conneries ne vous empêche pas de vous livrer au chantage. Je le dis en allemand, pour marquer un peu plus le coup, malgré le fait qu’il parlait un français parfait. Je vis tout de suite que ma tirade ne lui avait pas plu du tout et qu’il n’avait pas l’intention de digérer ce premier affront. Il continua à me répondre en français. Comme s’il prolongeait le duel : — J’ai beaucoup de moyens de pression, Mademoiselle Beaumanoir, croyez-moi. Je pense qu’il ne serait pas raisonnable pour vous de continuer dans cette voie. Vous ...