1. Le Mas


    Datte: 17/03/2026, Catégories: init, fh, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe

    ... comme elle chérit complaire à l’envi, affouiller, s’acoquiner prestement, exécrer, vouer aux gémonies, et même à l’occasion s’enchifrener. Elle s’acagnarde parfois lascivement in naturalibus dans des essarts, n’est jamais la dernière à ratiociner ; elle hante les aîtres quiets, apprécie les frais minois, s’amuse des tartufferies et autres commisérations, bref tous les mots désuets, reliefs d’une langue un tantinet précieuse et malheureusement oubliée par beaucoup.
    
    Babel aime les mots. Cette lettrée s’amuse avec le vocabulaire suranné, sans dédaigner pour autant les calembours, néologismes et autres barbarismes, même issus de la publicité comme « positiver » qui avait tant fait hurler l’Académie en son temps. Un vocabulaire qu’elle oublie cependant chaque fois qu’elle descend dans sa famille pour savourer les idiomes chantants des provensous, abandonnant alors le fier « Isabelle » pour les gentils « Babel » ou « Babello ».
    
    Babel n’aime pas, heureusement, que les mots. Faite de chair (et quelles chairs !) et de sang (bouillant), elle aime ses contemporains et… raines, reines licencieuses et maîtres bandants surtout.
    
    Tinou serait donc encore puceau ? Voilà bien une extravagance qu’elle est décidée à ruiner. Seuls au domaine, l’occasion est trop belle pour la laisser passer. La jeune femme sourit en repensant au conseil appuyé de sa mère avant de partir : « Et soyez bien sages tous les deux ! », ajoutant en décochant un clin d’œil complice à sa fille : « Prends bien ...
    ... soin du pitchoune ! » Son grand sourire mutin ne laissait place au doute. Hier justement, n’a-t-elle pas glissé à sa fille avec un clin d’œil appuyé que « les mounines doivent commencer à le pessuguer, le pauv’ puncèu »1 ! Telle mère, telle fille, le même sang chaud coule dans leurs veines.
    
    À l’approche de la trentaine, Babello est toujours célibataire. Documentaliste de formation, la jolie brune entretient à Paris une liaison qui paraît s’acheminer doucettement vers une histoire pérenne. Hors une différence d’âge importante avec son amoureux qui la chafouine un peu, Isabelle aurait peut-être déjà succombé aux pressantes demandes en mariage de son compagnon. Il n’est pas impossible qu’elle finisse par céder. Signe qui a ses yeux ne trompe pas, c’est que malgré les nombreuses sollicitations que lui valent sa silhouette parfaite, ses longs cheveux bruns aux reflets fauves, son sourire ravageur et ses yeux en amandes, Babello est fidèle à son « galant ». Une première du genre qui doit bien signifier quelque chose… Mais en l’espèce, déniaiser un jeune puceau est œuvre de salut public… ou, pour le moins, de salubrité pubienne.
    
    Babel s’est installée dans le salon, sur l’ottomane en merisier tapissée de satin rubis. Sur sa peau délicieusement dorée, son deux-pièces brésilien lacé se révèle plus provocateur que protecteur de bonne morale. L’élasthanne de ce cache-sexe minimaliste épouse si diaboliquement les géographies intimes qu’il est censé cacher qu’il n’en est que plus ...
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