1. Le Mas


    Datte: 17/03/2026, Catégories: init, fh, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe

    La campagne est parfaitement silencieuse, hors le chant entêtant des cigales qui stridulent à tout-va sous l’écrasante chaleur. Inondée par un soleil presque à son zénith, la bastide chaulée paraît un peu écrasée, recroquevillée sur ses bases, lourde, pataude. Pour le quidam qui la découvrirait de loin, l’image en serait certainement brouillée du fait de la vibration ondulante provoquée notamment par la forte évaporation du verger et de la grande piscine qui la longe. Mais en fait, nul ne pourrait apprécier le phénomène car la route, trop en retrait, n’offre aucune vue sur l’imposante demeure préservée derrière les hauts murs de pierres sèches qui cernent la propriété. Quand bien même un effronté escaladerait ladite muraille, les dizaines et dizaines d’arbres de l’immense oliveraie abolissent tout espoir de surveillance indiscrète.
    
    Protégé des regards, le mas, fier gardien du lieu, semble dormir, comme plongé dans une léthargie consentie. Ses tuiles canal rougeoient sous les rayons ardents de ce début juin, et sur la façade sud, les larges feuilles de la vigne vierge ont perdu leur brillance et pendeloquent piteusement par manque d’eau. Les dalles de travertin de la terrasse sont brûlantes, tant surchauffées qu’aucun lézard, si téméraire soit-il, ne se risquerait à y stationner plus de quelques secondes sous peine de griller. Tous les volets, rouges, sont clos, ou pour certains, entrebâillés, afin de conserver à l’intérieur de la demeure la fraîcheur relative préservée ...
    ... par l’épaisseur impressionnante de la maçonnerie.
    
    Aucun bruit n’est perceptible dans la maison en ce tout début d’après-midi. Nulle musique, aucun bavardage importun déversé par un téléviseur oublié, pas de résonances de vaisselles hâtivement frottées dans le bac de l’évier. Étonnant : la maisonnée est pourtant animée et bruyante habituellement.
    
    Les hôtes du lieu auraient-ils tous capitulé sous le poids de la canicule triomphante ? Avachis, dénudés autant que faire se peut, seraient-ils les uns et les autres, bras et jambes écartés pour qu’aucune peau ne se colle entre elles, allongés au-dessus les draps en lin de leurs lits ? Dolents et passifs, soûlés de chaleur à en être indifférent même aux appels de la chair ?
    
    À vrai dire, la maison est vide, ou presque. Son propriétaire, Clovis, sa femme Lisabèu et les cousins Jules et Sandre se sont évadés du domaine pour rallier le bord de mer et profiter au maximum de cette Pentecôte tardive, rare parenthèse désœuvrée dans l’activité harassante que représente l’entretien du domaine. Ne restent présents au Cigalou que l’héritière présomptive et son cousin.
    
    Tinou, son cousin ? On a beau être en Provence, c’est un cousin à la mode de Bretagne, genre fils de la voisine du copain de la femme de ménage de… Un charmant ado cela dit, grand échalas de presque dix-sept ans, sportif, musclé, mignon, intelligent et bosseur.
    
    Et puceau !
    
    C’est en tout cas un état que Babello, « sa cousine », subodore.
    
    Babel aime subodorer. Tout ...
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