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Adieu Tristesse !
Datte: 28/02/2026, Catégories: #réflexion, #personnages, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
... des yeux jusque-là éteints. Le temps s’arrête. Plus rien n’existe que ce regard qui s’éclaire, cet infime frisson d’émotion qui traverse ce visage fermé. Une fissure dans l’ombre. Un premier pas vers la lumière. Il l’aperçoit aussi, cette bouche jusque-là contractée, esquissant l’amorce d’un sourire maladroit. Peut-être son premier ! Il la voit, cette mère, une main posée sur l’épaule de sa fille, les yeux gonflés d’émotion. Et dans le sourire reconnaissant qu’elle lui adresse, il lit une prière muette : Continue ! Dans un éclair de lucidité, il les imagine tous, ces enfants privés de joie, à l’image de la fillette qui l’émeut. Toutes ces âmes blessées, trop jeunes pour porter un tel fardeau, affluent dans son esprit. Ils sont partout. Dans des maisons silencieuses, des couloirs d’hôpitaux aux lumières froides, parfois même livrés à la rue, invisibles aux yeux du monde. C’est certain, tous ne le voient pas. Tout comme lui ne devine pas toujours ceux qui dissimulent leurs souffrances derrière des sourires de façade. Et qui sait, parmi cette foule en liesse, certains, marqués par l’épreuve, sont venus, à son insu, cueillir un instant de joie. Peut-être voient-ils en lui ce qu’il ne parvient plus à percevoir en lui-même. De quel droit les en priverait-il ? Le clown sent son cœur se serrer. Là, dans cet instant suspendu, il retrouve enfin le sens de son métier. Pas seulement pour divertir, mais aussi toucher, rallumer une flamme là où il ne reste que résignation ...
... ou tristesse. Alors il redouble d’efforts, d’ingéniosité et d’imagination, non plus pour finir son spectacle, mais parce qu’il sait, désormais, que chaque regard, même ceux qui semblent perdus, méritent de briller. Son visage, jusque-là dissimulé derrière son fard, s’illumine d’une joie nouvelle. Pas à cause des acclamations ou des rires tonitruants, mais celle déclenchée par cette rencontre imprévue, ce miracle que représente un visage touché par la grâce, fût-il une fraction de seconde. Quel beau métier, il fait ! Alors que les projecteurs s’éteignent un par un et que la salve d’applaudissements se prolonge, il savoure l’instant, le cœur battant. Tandis qu’il s’avance lentement vers l’enfant dont le visage lui semble moins inerte, il grave ce moment en lui de façon indélébile. Pour ne plus jamais l’oublier ! La mère, les yeux embués, lui adresse un signe discret pour le remercier. L’enfant ne parle pas, ne bouge pas, mais quelque chose persiste dans ses prunelles. Un halo naissant, un miracle en suspens. Le clown le sait désormais : ce ne sont ni les rires déchaînés, ni les acclamations encensantes qui comptent. Mais chaque cœur qu’il parviendra à rallumer, chaque être qui s’illuminera, ne serait-ce qu’un instant, d’un sourire. Désormais, il s’y consacrera. Corps et âme. Comment a-t-il pu s’éloigner si loin de l’essence même de son art, de ce feu sacré qui jadis le portait ? Et tandis qu’il quitte la piste, léger, il sait qu’il reviendra. Pour ...