1. Adieu Tristesse !


    Datte: 28/02/2026, Catégories: #réflexion, #personnages, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    ... Il s’effondre, un roulé-boulé maladroit qui manque d’élégance, d’aisance, de contrôle. L’hilarité explose, plus intense encore. L’ovation qui suit est assourdissante.
    
    Il ne l’entend pas. Cette fois, parce que son regard est happé par autre chose.
    
    L’enfant du premier rang. Une silhouette frêle, immobile, presque hébétée, vissée à une chaise roulante. Celle que sa mère veille.
    
    Autour, l’euphorie bat son plein. Les rires explosent, les applaudissements fusent, comme une marée emportant tout sur son passage. Mais pas elle. Elle reste là, immobile, le regard perdu. Comme absente au tumulte, comme enfermée dans un monde où rien ne l’atteint.
    
    Il veut détourner le regard, mais il en est incapable.
    
    Elle est là, recroquevillée sur elle-même, silencieuse au milieu du vacarme. Presque effacée. Pourtant, elle aurait dû passer inaperçue, se fondre dans la masse joyeuse. Mais non.
    
    Les enfants bondissent, trépignent, secoués de rire. Les parents applaudissent, complices. Le chapiteau tout entier frémit d’une joie éclatante.
    
    Pas elle.
    
    Un contraste brutal. Saisissant. Comme un nez de clown trop voyant qui jurerait sur un visage fermé.
    
    Il se force à reprendre son numéro, à enchaîner les pitreries. Son corps obéit, exécute les gestes avec la précision de l’habitude. Il saute, cabriole, gesticule avec encore plus d’exagération, espérant ensevelir cette image sous une avalanche de facéties. Plus haut, plus fort, plus burlesque. Comme si l’outrance pouvait gommer cette ...
    ... image lancinante. Mais rien n’y fait. À chaque pirouette, à chaque chute feinte, le souvenir du regard éteint revient, entêtant. Il voudrait l’oublier, l’effacer de sa conscience, s’accrocher à la frénésie du spectacle, se convaincre qu’il n’y a que ça qui compte.
    
    Mais il n’y arrive pas.
    
    Puis, un sursaut. Une pulsion irrépressible. Il doit briser cette barrière. Ce n’est plus une question de spectacle, ni de performance. Il veut voir une réaction, ne serait-ce qu’un tressaillement, une esquisse d’émotion, un infime signe de vie dans ce visage figé.
    
    Un clown n’était-il pas là pour ça ? Pour provoquer, émouvoir, réveiller l’enchantement ?
    
    Il redouble d’efforts. Ses gestes se font plus précis, plus inventifs, presque frénétiques. Chaque mouvement devient une tentative désespérée de capter l’attention de la fillette. Il module ses mimiques, exagère une chute, improvise une maladresse nouvelle, cherche la justesse dans l’absurde. Son corps parle, interpelle, implore presque. Chaque pirouette est une supplication silencieuse. Il scrute ce rempart de silence, traque la moindre brèche, espère y déceler un signe, un frémissement, une réaction.
    
    Mais malgré son acharnement, il ne rencontre qu’une indifférence glacée.
    
    Il persévère, renouvelle son registre, puise au plus profond de lui-même comme si son jeu de scène devait devenir le chef-d’œuvre de sa vie.
    
    Et soudain, elle s’allume enfin. Il la voit, l’étincelle. Fugace. Presque imperceptible. Un point brillant au fond ...