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Adieu Tristesse !
Datte: 28/02/2026, Catégories: #réflexion, #personnages, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
Sous la lumière éclatante des projecteurs, une clameur enthousiaste s’élève, débordante d’excitation. Le chapiteau vibre des acclamations du public. Les rires fusent, explosent, ricochent contre la toile tendue, emplissant l’air d’une liesse débridée. Et lui, au centre de cette euphorie, s’agite, gesticule, exagère chaque mouvement. Mécaniquement. Une routine tant de fois rejouée qu’elle en est devenue insipide, vidée de toute spontanéité, aussi fade qu’un tour de piste éculé. Son visage fardé de blanc, sa bouche outrageusement étirée de rouge, son nez rond et phosphorescent ne sont plus que des artifices. Un masque criard, grotesque, reflet trompeur de ce qu’il n’est plus. Jadis, il se laissait porter par ce tumulte bouillonnant et joyeux. Mais plus maintenant. Aujourd’hui, chaque exclamation sonne faux à ses oreilles, chaque ovation lui paraît convenue, cousue de fil blanc. Sans surprise. Il les entend, ces enfants. Leurs cris émerveillés, leurs applaudissements nourris lui martèlent les tempes. Une farce cruelle qui se joue de lui. Toutes ces réactions, provoquées par son show bien huilé, loin de le galvaniser, l’assaillent, l’encerclent, le consument à petit feu. Une volée de flèches invisibles qui lui transperce le cœur. Il aurait aimé ressentir la même allégresse qu’eux, retrouver cette ivresse qui l’animait autrefois, mais tout ce qu’il perçoit, c’est une lassitude lourde, poisseuse, qui lui colle à la peau comme son costume de clown chaque jour un peu plus ...
... étroit. Il n’y croit plus. Les rires résonnent comme le glas d’une époque révolue, chaque exclamation scellant un peu plus la tombe de ce qu’il avait été. Autrefois, ces sons étaient source d’exaltation ; aujourd’hui, ils ne sont plus qu’oraisons funèbres pour ce qu’il est devenu : une machine savamment programmée pour amuser. Il jongle, il saute, il tombe, il fait le pitre, mais il n’est plus qu’un automate mû par un engrenage infernal, un rouage tournant sans arrêt, dénué de sens. Il enchaîne les numéros avec une précision chronométrée, chaque gag éculé, usé jusqu’à la corde. Un déroulé implacable, privé de tout coup de théâtre. Une mascarade vidée de sa saveur première qu’il exécute par habitude, sans émotion, à en frôler l’écœurement. Une mystification, une imposture, un simulacre. Il anticipe chaque réaction, chaque exclamation, chaque sourire avant même qu’il n’éclose. Tout est si parfaitement minuté que cela en devient absurde. Il saute, trébuche, s’écroule dans une maladresse chorégraphiée au millimètre. Et les enfants, sans exception, éclatent de rire. Au même moment. Comme prévu. Comme toujours. Il n’est plus qu’un métronome infaillible cadençant ses sketchs. Un simple bouton capable d’allumer les éclats de rire à la demande. À chaque fois, il atteint son objectif. Et lorsque les cris enflammés, les hourras joyeux et les fous rires à gorge déployée éclatent, il se moque, raille intérieurement le public docile : des marionnettes bien obéissantes, ...