1. La mémoire de l'eau


    Datte: 27/02/2026, Catégories: fh, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... vitesse et une pédale d’accélérateur. Souvenons-nous que j’ai un incroyable cœur de sportive. Mais cette forme presque extatique de joie, cette ataraxie de voyageuse urbaine qui me tenait, et dont je destinais l’agrément au Très Haut, me ramena illico sur terre et plus précisément sur rails, lorsque se posant quasiment à l’entrecroisement de mes jambes, une paire d’yeux semblaient en somme à l’égal de ma félicité, mais pour d’autres raisons. Moi par un réflexe conditionné sans doute, j’ouvris sensiblement mes jambes, car je me répète sans doute, mais ne boudons pas les petits bonheurs que l’on peut donner et recevoir.
    
    Le petit homme sec, décharné, aux pavillons d’oreilles presque paraboliques, déglutit sans oser faire durer plus ce panoramique qui l’avait projeté hors de toute réalité tangible. Il passa sa main sur le bord relevé de son chapeau de feutre, lissa sa moustache entre pouce et index et me chercha dans le reflet de la vitre sale de ce wagon non moins sale. J’aimais cette petite joute qui me faisait en quelque sorte renouer avec mes cabrioles anciennes et métropolitaines. Je choisis spontanément de quitter en hâte le wagon à Réaumur-Sébastopol, avec le petit homme que j’avais pour ainsi dire, à quelques encablures et derrière moi, en ligne de mire.
    
    La nuit était là, pleinement, un temps de brume un peu frais tombait sur la ville, un beau soir pour effrayer les filles seules. Mon cœur battait de cette petite peur qui me tenait lorsque seule dans une rue sombre, ...
    ... je me savais suivie, pour autant m’infliger cette petite frousse me semblait un supplément de vie. Je distinguais la forme de son chapeau et son allure droite, lorsque jetant un œil derrière, je le trouvais toujours à une distance respectable et presque métrée de moi. Quelque chose entre l’approche de la fin de ma vie et l’abondance de dopamine, me fit virevolter et changer le cours des choses.
    
    Comme une antilope prise de sidération l’homme marqua un temps d’arrêt et, lorsque me hâtant vers lui comme vers un amant, j’arrivais à sa hauteur, il sembla se protéger d’un bras levé en me demandant ce que je lui voulais. N’ayant pas pour vocation d’effrayer le monde, je lui proposais quelques pas conjoints et le questionnais sur ce qui l’avait conduit à me suivre depuis la station. Mais presque surpris l’homme m’indiqua de l’index, une bâtisse à quelque cent pas de là. Lorsqu’il fut devant la porte lourde et haute de sa demeure, hésitant comme un éphèbe intimidé entre un banal au revoir et s’emparer de mes lèvres, j’eus pour cette hésitation une très légère irritation voyant déjà celui-là, semblable à tant d’autres, devant la croyance enferrée de l’amour, de leur vie posée là comme un cadeau de dieu.
    
    Je vous en prie lui glissai-je dans le pavillon large de ses étiquettes, je vous en prie, la vie est bien trop courte pour les élans de romantisme, et ce disant, je passai ma main sur le tissu de son pantalon. Il fut si court le temps où sous ma main le bourrelet se fit rondin et ...