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Empreintes fugaces
Datte: 17/02/2026, Catégories: #journal, #réflexion, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
... reviendra, seule avec ses mains, sculpter l’insaisissable. L’ombre du désir La nuit s’étire, révélatrice. La quiétude rend à ses sens tout ce que le jour lui a soustrait. Sa respiration devient silence, sa conscience s’élargit. Ses mains plongent dans la matière : d’abord un roulage lent, presque timide… puis le pétrissage qui s’affermit, s’approfondit… enfin le lissage, prolongé, caressant. À chaque geste, la glaise répond, bruisse, s’offre – un orchestre discret s’élève : texture, odeur, saveur, susurrement. Le lien est immédiat, intime. Ses doigts s’attardent, s’enfoncent, pressent, puis glissent à nouveau. Chaque empreinte la traverse comme une onde. L’argile s’alanguit, docile, mais réticente encore – une pudeur à dénouer, un abandon à mériter. Elle modèle, défait, reprend. Le rythme s’accélère, se brise, repart. Son souffle suit cette cadence heurtée, tantôt retenu, tantôt saccadé. Elle croit s’approcher. Une présence affleure, évanescente. Sa paume tente de l’enserrer, ses doigts de la caresser, mais la fulgurance qu’elle appelle de ses vœux lui échappe. Ses gestes se font plus vifs, presque fiévreux. Elle s’acharne, intensifie, accélère, perdue dans cette cadence lancinante qui la consume. Ce qu’elle poursuit n’a ni contour ni consistance. Il glisse entre ses doigts, se faufile, fluide et impalpable, résonnant dans chaque fibre de son corps. La pâte ne lui renvoie qu’un frisson fugitif, brûlant et délicieux, un émoi qu’aucune forme ne saurait ...
... assouvir. Chaque tentative nourrit son ardeur, chaque dérobade l’attise un peu plus. Elle s’obstine de plus belle, mais l’inatteignable reste hors de portée. Réalisant la stérilité de ses efforts, d’un geste brusque, elle écrase tout. La matière redevient informe. Ses doigts tremblent, sa peau brûle encore du contact. Un soupir de dépit fuse. La nuit prochaine, elle recommencera, obstinée, car elle sait que ce rituel est le seul qui lui permette de se toucher vraiment, d’apprivoiser ce désir qu’aucune forme durable ne saurait représenter et… encore moins combler. La clarté de l’ombre La nuit s’installe comme un rendez-vous attendu. Elle n’y cherche plus seulement un refuge ni une échappée : elle y découvre une vérité. Ses doigts plongent dans l’argile, mais le geste n’a plus la même urgence. Il n’est plus lutte ni fièvre, il devient évidence. Elle façonne, défait, recommence – et dans ce cycle, l’inachevé devient l’essence même de son existence. Seul compte le fragment de vie qu’elle fait naître, ce frémissement qui emplit le silence par petites touches. Chaque partage avec la matière lui renvoie un écho d’elle-même : un souffle, une palpitation, un brin de vérité. Ce qu’elle croyait manque ou désir prend un autre visage : celui d’un mouvement infini, sans cesse repris, ajusté. Et c’est là qu’elle se reconnaît, dans l’incertain éphémère, dans cette réitération qui ne promet rien d’autre que d’être vécue pleinement. Alors l’ombre se fait clarté. Elle n’est plus ...