1. Empreintes fugaces


    Datte: 17/02/2026, Catégories: #journal, #réflexion, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    ... de son nez, le contour de sa bouche, la douceur satinée de son cou et de sa gorge. Les gestes deviennent plus enveloppants, attentifs au moindre grain. Ses mains descendent, glissent sur ses courbes, s’attardent sur leurs galbes.
    
    Comment suis-je vue ? se demande-t-elle, obnubilée par une réponse que nul regard ne peut lui offrir.
    
    Chaque effleurement, chaque pression devient exploration. Elle ne se contente plus de se frôler : elle s’immerge en elle, dans ce territoire qu’aucun miroir ne saurait révéler.
    
    Mais au lieu d’atteindre la fusion avec sa propre représentation, tout s’estompe. Ses doigts tâtonnent, s’acharnent à retenir une identité qui se dérobe sans cesse. À chaque geste, son corps se brouille, comme s’il refusait de n’être qu’une enveloppe, d’être réduit à une simple apparence.
    
    Alors elle comprend : l’image d’elle n’est qu’une chimère, un mirage destiné à s’effacer avant même d’exister. Dans une ultime tentative, ses doigts se crispent, mais ils ne rencontrent qu’un épiderme aussi muet que la boule de terre posée sur la table, seul témoin de sa quête avortée.
    
    Elle s’immobilise. Un demi-sourire – entre frustration et lucidité – perce ses lèvres. Demain, elle recommencera, inlassable, parce que seul ce rituel lui permet de sentir, de se connaître et de s’approcher d’elle-même. Et peut-être qu’un jour, ces expériences fugitives, minuscules éclats de ce qu’elle est, finiront par se rassembler pour lui donner son unité.
    
    L’ombre du manque
    
    La nuit ...
    ... tombe. Elle la respire de tous ses pores : les ombres se confondent, n’en formant plus qu’une. Les voyants dorment, pas elle. L’imperceptible qui remplit l’obscurité libère ses sens, les attise, jusqu’à faire vibrer son corps tout entier. Ses mains, comme attirées, cherchent l’argile. Le silence envahissant se condense, sous ses doigts, dans la matière tiède, souple. Comme pour y ancrer ce qu’elle poursuit.
    
    Elle s’arrête, fronce les sourcils. Sous ses paumes, ce n’est ni un corps ni un visage. Rien de concret. Juste un tracé flou, entre amas pesant et abîme. Un manque ? Peut-être l’absence. Comme si la glaise cherchait à retenir l’illusion de ce qui n’est pas. Dans un réflexe dérisoire, elle la recouvre de ses paumes, tente de lui insuffler un peu d’elle. Mais l’argile ne renvoie qu’une résistance inerte.
    
    Chaque esquisse s’efface avant même que son geste s’achève. Le modelage ne devient jamais ce qu’elle espère. Ce qu’elle cherche, elle n’en connaît même pas l’ombre d’une forme. Alors elle comprend : le manque, c’est ce qui échappe, ce qui se dérobe, ce que rien ne peut représenter, ni combler. Il n’est que tension, appel, force motrice qui la condamne à recommencer chaque nuit : explorer, façonner, défaire – dans ce chassé-croisé où elle se livre, seule, à son vertige.
    
    Haletante, elle abandonne. Mais ce vide qui la traverse n’est pas stérile : c’est lui qui l’anime, lui qui affûte sa perception, stimule son inspiration. Lui qui nourrit sa quête. Demain encore, elle ...