1. Un Flou dans la Machine


    Datte: 01/02/2026, Catégories: #poésie, #exercice, Humour #délire, #réflexion, #société, #initiatique, #personnages, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... comment éviter le stress en apprenant à ignorer ses symptômes.
    
    Finalement, le docteur fit son entrée. Il portait une blouse tachée d’encres diverses et d’herbes médicinales clairement périmées, et avait un œil qui louchait vers le passé, tandis que l’autre pointait un avenir qu’il semblait désapprouver.
    
    — Ah ! Monsieur Ségurel, souffrant n° 43 du trimestre ! Que nous vaut l’honneur de vos bobos ?
    — Ça gratte ici, répondit Léon en montrant sa zone auriculaire suspecte. Et puis j’ai des picotements dans les idées.
    
    Zoïle hocha la tête et dégaina un outil ressemblant à une fourchette connectée.
    
    — Allons-y mollo. On va tester vos flux quantiques.
    
    Il commença par piquer des endroits complètement aléatoires, puis griffonna une ordonnance qu’il plia en forme de cygne.
    
    — Demandez « le sirop de lucidité étourdie » à l’apothicaire. Trois gouttes dans l’oreille gauche tous les quarts de pleine lune. Et évitez les opinions tranchées pendant une semaine.
    
    Léon prit la feuille avec la résignation d’un homme qui sait pertinemment qu’il va mourir, mais qui espère au moins un bonbon à la menthe en chemin.
    
    Avant de partir, il osa :
    
    — Mais… Docteur… est-ce que je vais guérir ?
    — Guérir ? s’étonna Zoïle en fixant un point invisible au-dessus de sa tête. Mon pauvre ami… guérir de quoi ? De la vie ? De l’époque ? De vous-même ? Je soigne les gens qui veulent se plaindre, pas ceux qui veulent aller mieux.
    
    Léon sortit. Le vent, râpeux comme un pansement oublié dans un ...
    ... tiroir d’infirmerie, soufflait doucement.
    
    (Le Marchand de Remèdes)
    
    Léon pénétra dans l’officine d’un pas hésitant. La boutique sentait à la fois l’eucalyptus et la poudre de perlimpinpin.
    
    Sur la devanture :
    
    « Chez Balthazar, Apothicaire de Grand-Père en Grand-Doute »
    
    Juste en dessous :
    
    « Tout ce qui ne soigne pas peut au moins divertir. »
    
    À l’intérieur, des bocaux poussiéreux aux étiquettes ésotériques s’empilaient sur des étagères grinçantes : « poudre de déni social » ; « granules de vérité à 3 % » ; « infusion de confiance soluble ».
    
    Balthazar lui-même, vêtu d’un tablier orné d’un schéma astrologique où la Vierge faisait du yoga sur Saturne, surgit de derrière un rideau si déprimé qu’il semblait prêt à démissionner.
    
    — Bonjour monsieur… ?
    — Ségurel. Léon Ségurel.
    — Ah, un prénom symptomatique.
    
    Il prit la prescription, la déplia avec l’attention d’un expert en origami pathologique, et grimaça.
    
    — Hmm. « Sirop de lucidité étourdie » … C’est une commande spéciale, ça. Fabriqué uniquement les jours pairs où le ministre de la Santé ne déblatère pas de bêtises à la radio. Autant vous dire qu’on en a très peu.
    
    Il disparut derrière un meuble, et on entendit des bruits de gongs de flacons qui s’embrassent. Il revint cinq minutes plus tard avec une fiole de verre contenant un liquide fluo.
    
    — Voilà. Ça s’applique par voie intrapoétique. C’est-à-dire : vous devez réciter un haïku triste en le buvant.
    — Sérieusement ?
    — Mon cher Léon. Ici, seule ...
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