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Le petit canard de la côte flamande
Datte: 18/01/2026, Catégories: #romantisme, fh, jeunes, vacances, plage, #multilingue, Auteur: Patrik, Source: Revebebe
De Haan est une station balnéaire belge située entre Ostende et Gant. Elle a eu son heure de gloire, en témoignent divers belles maisons et bâtiments qui lui donnent un parfum suranné, où on pourrait s’attendre à croiser des femmes en crinoline et des messieurs en canotier, avec l’illusion de reculer d’un bon siècle. Mon oncle et ma tante adorent cet endroit, même s’ils ne parlent pas flamand ou néerlandais. Les commerçants et la plupart des autochtones savent s’exprimer dans la langue de Molière et souvent mieux que certains francophones natifs. Depuis l’arrivée de l’euro, il y a trois ans, faire des achats est devenu plus simple. Les commerçants du coin ont un peu râlé, car avant, ils acceptaient l’argent français avec un taux qui leur était favorable. En contrepartie de cette simplification, en France comme en Belgique, j’ai eu la nette impression que les prix ont été tirés vers le haut. Arrondir à un euro n’a pas la même incidence que d’arrondir à un franc, qu’il soit français ou belge… En cet été 2005, pour fêter mon diplôme, ils m’ont emmené dans leur bagage. La route n’est pas longue à partir de Lille : dans les quatre-vingt-dix kilomètres. Nous sommes partis en fin d’après-midi, mon oncle ayant des choses à clôturer dans son entreprise. C’est en route dans la voiture que j’apprends la réelle signification de ma venue de la bouche de ma tante Joséphine. Un peu surpris et vexé, je m’exclame : — Comment ça, je vais servir de nourrice ? — Ce n’est pas ...
... tout à fait le bon terme, Gildas, plutôt de chevalier servant, car Elke vient juste d’avoir dix-huit ans. Mais cette pauvre enfant est très souvent seule, et elle fait pâle figure devant ses sœurs, Saskia et Eline. — Ah oui, je me souviens : les top models… — Curieusement, j’ai bien vu que ça ne t’avait pas ému plus que ça quand tu les as vues chez nous… Pourtant, elles sont toutes les deux très belles ! Je me penche vers la sœur de mon père, installée sur le siège passager : — Ma chère Tante, je crois avoir le sens des réalités : ces deux jeunes femmes ne sont pas de mon monde. Ma tante grimace fugacement : — Tu te fais des idées, elles sont très abordables, tu verras. Je pense que, toi et Elke, vous vous entendrez bien, vous avez finalement des points en commun, un même goût pour l’absence de mondanité, par exemple. — En clair, elle est solitaire, je suis aussi solitaire, donc on fait la paire. Ma tante précise : — Il y a de ça… Elke est assez renfermée, voire sauvage. Vu ton caractère, ça ne lui fera pas de mal d’être un peu bousculée. Je te préviens tout de suite, Gildas : elle croit qu’elle est le vilain petit canard de la famille. — Et qu’en est-il en réalité ? — Par rapport à ses sœurs, je dois admettre que c’est presque vrai, mais elle est loin d’être une laideron. Disons qu’elle est plus classique. — Tu as une photo d’elle ? Peu après, sur l’écran du téléphone (dernier cri) de ma tante, je découvre Elke encadrée par ses sœurs Saskia et Eline. ...