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L'entrevue
Datte: 11/01/2026, Catégories: #délire, #fantastique, #conte, cérébral, odeurs, ffontaine, uro, Auteur: Nyctophile, Source: Revebebe
... qu’on lui parlât, mais l’ombre était silencieuse, et aussi savait-elle bien qu’il n’y avait rien à dire, qui ne fût une infidélité et une limite. Peu à peu, le regard pesait sur elle. Sa nuque chavirée abandonnait sa gorge à la morsure, ses mains défaites ne la défendaient plus de leurs paumes ouvertes. Ces yeux qui la fouillaient, le poids de ce corps, l’étalaient sur la pierre. Elle aurait voulu être plus offerte, elle s’efforçait d’être nue. Elle pouvait se retourner vers la muraille, et tendre les poignets au crochet sur le mur, à la lanière qui l’assujettissait, qui lui interdisait toute inquiétude, qui l’absolvait de tout. Il suffisait qu’elle consentît et s’ouvrît, et se déployât toute. Le troupeau s’était peu à peu calmé, et massé autour de la capitelle. Elle sentait cette masse chaude qui l’entourait, qui tout autant l’enfermait et la défendait. Le cornu, maître obtus, avait poussé la tête dans l’ouverture étroite, et soufflait en souffles courts. La douleur l’écartelait puis s’effaçait pour revenir de nouveau, à chaque fois un peu moins une douleur, à chaque fois plus incertaine. Elle tentait de l’accueillir, ne parvenait pas à la retenir. Elle aurait voulu crier, mais ne parvenait qu’à gémir, à chaque fois encore. Puis elle pensait que sa ...
... nature la plus intime, la plus pudique, s’épanchait d’elle en un fond irrépressible, qu’elle ne pouvait ni épuiser ni étancher. Elle ne l’aurait pas voulu non plus. Le flot s’en perdait dans les fissures, la révélait toute, et la livrait. Après un temps long, l’emprise se relâchait et se retirait d’elle, on lui permettait l’apaisement et pendant quelque temps elle pouvait se rejoindre et laisser poser sa tête contre les pierres. Elle devait à présent rassembler ses membres et ses atours, et s’en aller. La nuit était sereine et claire, pleine d’étoiles. Le vent avait tourné et fraîchi. Les bêtes s’étaient retirées, leurs sonnailles tintaient à l’entour. Elle était éreintée, la montée du sentier était trop longue, elle s’arrêtait souvent, essoufflée. Plus rien ne lui prêtait attention. Elle cherchait son chemin, frissonnante, elle craignait de se perdre. Entre les haies, chaque embranchement semblait un mensonge. Elle se mettait à courir, effrayée des ombres et des murmures, jusqu’à ce qu’il y ait des maisons, jusqu’au scandale de ses pas sous les fenêtres honnêtes. Elle courait jusqu’à ce que l’heure tintât à l’horloge, et qu’elle pût s’arrêter enfin, haletante et trempée, et qu’enfin le sommeil la veuille à son tour. Elle s’enfonçait dans une paix très obscure.