1. L'entrevue


    Datte: 11/01/2026, Catégories: #délire, #fantastique, #conte, cérébral, odeurs, ffontaine, uro, Auteur: Nyctophile, Source: Revebebe

    ... glissait sous une barrière, traversait la prairie, l’herbe sèche lui agaçait les pieds. Aveugle et trébuchante, elle étendait en marchant les bras devant elle, de plus en plus vite, jusqu’à courir presque, et venir heurter du ventre, et se casser sans souffle sur le muret qui marquait la frontière et empêchait les sottes et les effarées de se perdre au ravin.
    
    Elle avait envie de rester là, et seulement d’attendre. Les pierres étaient tièdes à travers le coton léger, elle les sentait s’incruster dans la peau. Le troupeau, peu à peu, s’était regroupé derrière elle. Les bêtes indécises flairaient en renâclant son odeur insolite, et se risquaient à la pousser du museau.
    
    Elle croyait que des larmes lui viendraient, qu’elles l’auraient sans doute soulagée, des larmes qui auraient pu dissoudre cette masse qui lui pesait trop, ce nœud qui la liait. Elle aurait tant voulu s’accorder pitié. Mais il aurait fallu pour cela une pause, qu’elle pût s’arrêter, un instant se reprendre. C’était bien inutile, et la retardait sans fruit. Il valait mieux lâcher, cesser de se raidir, et se remettre en marche.
    
    Relevée, elle suivait le muret de la main, descendait sans effort. Les pieds trouvaient sans peine les plats sûrs où poser. Maintenant qu’elle avait renoncé, elle était plus paisible. Les animaux la pressaient de chaque côté, et la menaient. Leur épaisseur âcre l’enveloppait et lui tournait un peu la tête.
    
    Elle atteignait l’aire de terre battue et s’avançait. Une peur venait à ...
    ... présent la solliciter, se mêler à son calme, et la poussait en avant. Les bêtes s’agitaient, elles devenaient comme folles, tournaient et piétinaient, et la bousculaient sans répit de la tête ou du flanc. Elle manquait être renversée à chaque instant, et les coups la chassaient peu à peu, titubante, vers la hutte de pierres sèches.
    
    Quelques branches brûlaient à petit feu, fumaient, avec une lueur rougeâtre qui montrait l’ouverture. Il fallait se traîner sur les genoux pour entrer, et rester courbée sous la voûte basse. Elle allait s’agenouiller sur une grande dalle, les mains sur les cuisses, le dos au mur.
    
    Elle croyait qu’elle n’aurait pas pu tarder plus à être là, que sa vie ne l’aurait pas soutenue plus longtemps. De la silhouette qui l’attendait au fond, dans l’ombre immobile, elle ne sentait que les yeux. Ils l’accueillaient d’abord, avec courtoisie. Puis ce regard s’approchait d’elle, rôdait sur ses épaules. Il la jaugeait et l’évaluait, la crainte lui vint de ne pas être acceptée.
    
    Elle aurait peut-être attendu comme une tendresse, mais on ne lui en offrait pas, et aussi savait-elle bien que cela aurait été pour elle une privation et une souffrance. Peu à peu, le regard se faisait impatient. À gestes lents, elle défaisait son châle, se dépouillait de ces défenses dérisoires qu’elle ne désirait plus. Le glissement de ses mains, le frôlement de l’étoffe la faisaient frissonner. Les flammes la paraient à présent d’éclats fugitifs.
    
    Elle aurait peut-être attendu ...