1. L'entrevue


    Datte: 11/01/2026, Catégories: #délire, #fantastique, #conte, cérébral, odeurs, ffontaine, uro, Auteur: Nyctophile, Source: Revebebe

    Cette nuit était pénible. Depuis midi, il soufflait du sud une haleine sèche et chaude, molle et sans trêve. La bouche se racornissait, la peau nerveuse se hérissait. On espérait un orage qui ne venait pas, dans ce maudit ciel clair sans lune. On était las d’attendre.
    
    Elle, un moment affalée sur son lit, avait essayé de lire. Mais ses yeux ne pouvaient plus retenir les mots, qui glissaient en tous sens et refusaient de s’entendre. Entre chaque lambeau de phrase, qu’avec effort elle parvenait parfois à saisir, elle tombait dans de longues stupeurs.
    
    Elle avait alors éteint la lampe, et retournée sur le dos, couverte seulement d’un drap, elle avait cru que le sommeil viendrait bientôt. Pour l’attendre et initier ses songes, elle avait des mondes imaginaires où elle aimait s’enfuir, pour construire quelque vie moins familière. Mais la rêverie aujourd’hui était lascive et insoumise, la rêverie se collait à elle, comme un tissu rêche et moite qui éveillait sa peau. Elle se glissait en plis rudes entre les cuisses qu’elle forçait, et tendait à sa main les ondulations liquides de son ventre.
    
    Elle croyait à chaque instant que l’orage allait éclater, que le ciel se déchirerait dans un éclair, que sous la foudre enfin elle allait se retourner comme un boyau, et s’épandre en éclats. Mais sur une pointe qu’elle espérait extrême, sans pouvoir se libérer, elle restait suspendue.
    
    Et la fatigue, comme du sable, buvait les vagues qui s’asséchaient. Malgré cela, elle ne pouvait ...
    ... pas s’endormir vraiment, elle s’engourdissait, et quand elle allait enfin glisser, un sursaut, une ruade affolée la ramenait à la surface, arquée, les yeux écarquillés dans les ténèbres. Haletante, elle essayait de retenir son cœur, elle savait que cette fois était la dernière qu’elle pourrait supporter, elle supplierait que cela cesse.
    
    Peut-être, se lever, descendre à la cuisine, boire encore, et remonter une cruche fraîche et poreuse, où scintilleraient des gouttes. Sortir dans le jardin et respirer un peu ou bien se mettre sous la douche, comme sous une pluie. Mais elle ne trouvait pas le souffle de bouger. Sa respiration ne se calmait que lentement, jusqu’à ce que la torpeur la reprenne, jusqu’à la prochaine convulsion qui la rejetterait à cette veille incertaine.
    
    Noire, enserrée dans un châle, elle traversait les ruelles, le pas rapide dans la lueur des lampadaires rares. Tout était silencieux, les semelles de ses sandales claquaient nettement sur les pavés. Elle savait que derrière les volets, on écoutait, on chuchotait, mais les chiens n’aboyaient pas.
    
    Le bourg était derrière elle. Elle dédaignait la route, s’engageait entre les haies. Elle avait mis longtemps à s’habituer aux chuintements des effraies, aux mouvements furtifs dans les buissons, à tous ces frémissements d’une nuit trop vivante, ils ne la troublaient plus. Elle s’accrochait aux ronces, achoppait sur les pierres qu’elle ne distinguait pas. Elle ne ralentissait pas, et ne s’égarait pas.
    
    Elle ...
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