1. Bain du soir


    Datte: 08/01/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: CDuvert, Source: Hds

    ... ma grand-mère, près de la rivière", je réponds, troublée par cette inspection.
    
    "Ah, la baraque de la mère Augustine. Ça fait des années qu'elle était fermée." Il sourit, révélant des dents légèrement irrégulières qui ajoutent à son charme. "Tu vas avoir du boulot pour la remettre en état."
    
    "J'ai tout mon temps", dis-je en me penchant vers les courgettes.
    
    Mon mouvement fait bâiller mon décolleté, et je sens son regard qui s'y attarde. Cette attention masculine me trouble plus qu'elle ne devrait. En ville, j'avais pris l'habitude des regards fuyants, des relations aseptisées. Ici, cet homme me regarde comme une femme, tout simplement.
    
    "Tu vas prendre quoi ?", demande-t-il de sa voix grave.
    
    Je n'arrive plus à me concentrer sur les légumes. Ses mains effleurent les miennes quand il me tend un sachet de tomates cerises, et ce contact anodin fait courir un frisson le long de ma colonne vertébrale.
    
    "Tu habites loin ?", je demande, surprise par ma propre audace.
    
    "Juste à côté de chez toi. La maison avec le grand chêne devant." Il marque une pause, ses yeux plantés dans les miens. "On est voisins, en quelque sorte."
    
    Cette révélation me fait l'effet d'une décharge électrique. Voisins. Cela signifie que je vais le croiser régulièrement, que nos vies vont s'entrecroiser dans ce petit village où tout le monde se connaît.
    
    "Tu veux que je passe voir pour la maison ?", propose-t-il en emballant mes légumes. "Pour les réparations, je veux dire. Je m'y connais ...
    ... un peu."
    
    "Pourquoi pas", je réponds, consciente que ma voix tremble légèrement.
    
    Il griffonne son numéro sur un bout de papier qu'il glisse dans mon sac avec mes achats. Ses doigts s'attardent sur les miens plus longtemps que nécessaire.
    
    "Appelle-moi quand tu veux", dit-il. "Je serai là."
    
    En rentrant chez moi, le petit papier au fond de ma poche me brûle comme un secret. Je ne sais pas encore que cet homme va bientôt bouleverser ma vie. Pour l'instant, je savoure juste cette sensation nouvelle : celle de me sentir désirée par un inconnu dont les yeux gris ont réveillé quelque chose que je croyais endormi.
    
    Le soir, accoudée à ma fenêtre qui donne sur la rivière, j'aperçois sa maison dans l'obscurité naissante. Une lumière s'allume au premier étage, et je me surprends à imaginer ce qu'il fait, comment il vit, s'il pense à moi autant que je pense à lui.
    
    Cette nuit-là, pour la première fois depuis des mois, je rêve d'un homme. Et cet homme a les yeux gris et les mains fortes de mon voisin arboriste.
    
    ***
    
    La chaleur de juillet me colle à la peau quand j'aperçois Léo qui descend vers la rivière, le lendemain soir. Je venais d'éteindre ma lampe de chevet après une lecture qui n'arrivait pas à m'endormir, quand un mouvement au fond du jardin voisin a attiré mon attention. Mes doigts écartent instinctivement le rideau de lin, et mon souffle se bloque dans ma gorge.
    
    Il se tient là, en contrebas, près du saule qui surplombe la berge. Dans la pénombre dorée du ...
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