1. Bain du soir


    Datte: 08/01/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: CDuvert, Source: Hds

    Je ne sais plus très bien ce que je fuis en quittant la ville ce matin de juillet. Ma rupture avec Thomas, mon travail étouffant dans cette agence de comm', ou simplement cette sensation que ma vie glisse entre mes doigts sans que j'arrive à la retenir. Peu importe au fond. L'essentiel, c'est que je pars.
    
    À vingt-huit ans, j'ai décidé de tout recommencer. Cette maison héritée de ma grand-mère en Creuse tombe à pic. Trois mois de congé sabbatique, le temps de me retrouver dans ce village dont j'ai oublié jusqu'au nom. Saint-Yrieix-la-Montagne. Deux cents habitants, un bureau de tabac qui fait aussi épicerie, et une rivière qui serpente derrière les maisons de pierre.
    
    L'agent immobilier m'a remis les clés avec un sourire navré. "Vous allez vous ennuyer, mademoiselle. Il ne se passe jamais rien ici."
    
    Tant mieux. J'ai besoin de ce rien, de cette absence d'événements qui caractérise ma vie urbaine depuis trop longtemps. Je veux retrouver le goût des choses simples, réapprendre à vivre au lieu de m’agiter vainement.
    
    Ma première semaine s'écoule dans un flou de déménagement et d'installation. Je redécouvre les joies de l'eau froide le matin - le chauffe-eau est en panne depuis des années -, du silence qui n'est troublé que par le chant des oiseaux, et de cette lenteur provinciale qui m'agaçait autrefois.
    
    Le samedi matin, je décide de me rendre au marché du village. Une dizaine d'étals disposés sur la petite place de l'église, des producteurs locaux qui vendent leurs ...
    ... légumes, leurs fromages, leurs confitures artisanales. L'atmosphère bon enfant me change des supermarchés parisiens où je faisais mes courses en mode pilote automatique.
    
    C'est là que je le vois pour la première fois.
    
    Il se tient derrière un étal de fruits et légumes, en pleine discussion avec une vieille dame qui marchande le prix de ses tomates. Grand, brun, la trentaine passée, il porte un jean délavé et un t-shirt blanc qui moule un torse visiblement musclé par le travail physique. Ses avant-bras hâlés dépassent des manches retroussées, révélant des mains fortes aux ongles un peu sales.
    
    "C'est Léo", me souffle Marguerite, la buraliste, en suivant mon regard. "Un brave garçon. Arboriste de métier. Il s'occupe des espaces verts de la commune et fait du maraîchage pour arrondir ses fins de mois."
    
    Je hoche la tête distraitement, incapable de détourner les yeux. Quelque chose dans sa façon de bouger, de parler aux clients avec cette aisance naturelle, me fascine. Quand il rit à une plaisanterie du boucher d'à côté, des rides se creusent au coin de ses yeux, et je ressens un pincement étrange au creux du ventre.
    
    "Tu n'es pas d'ici", me dit-il quand j'arrive enfin devant son étal.
    
    Ce n'est pas une question. Son regard gris me détaille sans gêne apparente, s'attarde sur mes cheveux châtains que je n'ai pas pris la peine d'attacher, descend vers mes seins que révèle un peu trop mon débardeur, remonte vers mes lèvres.
    
    "Non, je viens de m'installer. La maison de ...
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