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Illégalité
Datte: 03/01/2026, Catégories: #sciencefiction, Auteur: Myhrisse, Source: Revebebe
Un chuintement. Alhya se plaqua contre la paroi. Le véhicule électrique la frôla à toute vitesse. Les passagers ne pouvaient pas s’être rendu compte de quoi que ce soit. La voiture autonome en auto-partage roulait bien trop vite sur cette voie à grande vitesse réservée aux trajets intercités. Naturellement, ici, les piétons étaient interdits. Aucune barrière n’en interdisait l’accès. Aucun policier ne surveillait. C’était inutile. Se promener ici était synonyme de mort. Sauf pour Alhya. Elle entendait le chuintement des véhicules. Il suffisait de se pousser. Elle ne voyait pas la difficulté. Évidemment, quelques secondes d’inattention suffisaient à provoquer une collision. Les passagers ne s’en rendraient pas compte non plus. L’information n’aurait pas non plus le temps de monter au cerveau d’Alhya qu’elle serait disloquée. La vitesse laverait le véhicule si bien que nul ne se rendrait compte de rien. Sa mort serait invisible. Qui cela intéressait-il, de toute façon ? Invisible. Insignifiante. Alhya n’existait pour personne. Huit ans de vie familiale. Une mère épuisée par des boulots mal payés. Caissière le jour, femme de ménage la nuit. Son père, un colérique notoire, ne parvenait pas à rester dans une entreprise plus d’une journée. Il finissait toujours par casser le nez de quelqu’un si bien que plus personne ne voulait de lui. Il passait ses journées à avaler des petites pilules. Il planait à longueur de temps, présent mais absent, corps sur Terre, esprit ...
... dans le brouillard. Il errait dans les quartiers pauvres, défoncé, se mettant en danger sans même s’en rendre compte, riant tout seul ou pleurant sans raison. Avec des mecs rencontrés quelques minutes plus tôt, il était entré dans une pharmacie. Probablement espérait-il y trouver sa dose ou un produit plus fort. Nul ne le saura jamais. Le propriétaire de la pharmacie n’avait pas hésité à défendre son bien. Deux morts. Le porteur de l’arme et le père d’Alhya. La police n’avait pas mis longtemps à retrouver les autres brigands. Les travaux forcés, voilà ce qui les attendait. Du travail non rémunéré, ça ne manquait pas. Tout ce que personne n’acceptait de faire et pour cause, on survivait rarement plus d’un an. Un monde asphyxié par des décennies de surproduction. La tâche d’assainissement ? Colossale. Inhumaine. Un effort collectif réalisé à bras d’hommes et de femmes, l’essence ayant disparu depuis longtemps. L’électricité produite devait être économisée et ne servait donc plus qu’en ville : lumière, chaleur, déplacement – et encore, seulement pour la population aisée. Les autres utilisaient leurs pieds ou des vélos. Pour l’électroménager, les machines à laver et les sèche-linge se proposaient dans des laveries. Seuls les ultra-riches pouvaient se permettre d’en posséder un chez eux. Les lave-vaisselle n’existaient plus. Les cafetières non plus – à quoi bon ? Le café ne s’importait plus depuis l’autre bout du monde depuis longtemps. Le chocolat non plus d’ailleurs. Il ...