1. Comment draguer en toute sobriété


    Datte: 29/03/2025, Catégories: fh, inconnu, magasin, conte, contes, rencontre, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... que oui, Camille, je vous désire à la folie.
    — Qu’attendiez-vous pour me draguer, dans ce cas ?
    — J’en suis incapable. Vous êtes beaucoup plus habile à ce jeu-là.
    — Pensez-vous ! Je suis affreusement timide. Je laisse le soin de séduire à d’autres personnages. Parfois, elles en font un peu de trop.
    — Jamais assez en ce qui me concerne. Vous êtes toutes si joliment épicées : Juliette fleure bon la sarriette, Camille, la vanille.
    — Tant mieux, je le leur dirai, parce que là, elles ont déjà passé le relais à Marguerite.
    — Et si nous allions l’effeuiller ensemble ? suggérai-je en évitant soigneusement une de ces rimes assez vulgaires qu’affectionnent les auteurs indélicats.
    
    Et c’est ainsi que j’emportai le petit lot sur le chariot : tout marchait vraiment comme sur des roulettes. Au rayon literie, nous avons testé le produit.Åsvang était bien trop mou,Vadsö ferme à l’excès, seulVatneström semblait digne d’abriter l’expérience client ultime, jugea Marguerite, avant de céder le témoin à Yoko. Coiffée d’une perruque noire coupée au carré, elle me rejoignit à l’horizontale, et ôta son kimono.
    
    — Moi Yoko, toi John, me souffla-t-elle à l’oreille, en entamant de douces hostilités.
    
    Bien entendu, un si joli petit cul nu ne passa pas inaperçu, et les clients dégainèrent leurs appareils pour immortaliser l’événement. Yoko n’était nipponne ni conne, mais si friponne dans les viseurs des Nikon que ça me gênait un peu.
    
    — Merde, on n’est plus chez soi nulle part ! ...
    ... protestai-je. Foutez-nous la paix !
    
    Contre toute attente, ils offrirent une chance à la nôtre, et je pus composer sur son corps une ballade à faire rougir les nonnes et fredonner la mignonne.
    
    Moi qui avais si souvent fait ce rêve étrange et pénétrant d’une femme inconnue que j’aimerais et qui m’aimerait, je fis sans cesse sa connaissance intime, démultipliée en identités et facettes mouvantes et colorées, un vrai kaléidoscope féminin. Tout en feignant d’attribuer nos rencontres successives au hasard, nous nous séduisions en toute sobriété, sans l’énergie superflue du dragueur peu inspiré, qui use de formules aussi grasses que des hydrocarbures pour avouer sa flamme. Nous faisions de chaque parade la première : une aventure amoureuse inédite, à la fois légère et grave, où le seul risque était de déplaire.
    
    Nos débauches ne tardaient pas, elles avaient l’audace folle des timides, elles étaient joyeusement idiotes, économiques et écologiques : un peu d’amour, de fantaisie et d’eau fraîche, et de belles figures à calligraphier avec style dans des draps blancs pour survivre à l’apocalypse annoncée. Cette fille-là était une véritable anthologie amoureuse, n’étant jamais ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ; pour un peu, je lui aurais tressé des poèmes. Et nos vies elles-mêmes ne furent plus jamais pareilles, à force d’en tourner les pages. La fiction finit par abolir la réalité : depuis ce jour, le plaisir nous enveloppa en abondance et sans fin, tout fut chaud, gratuit et ...