1. Comment draguer en toute sobriété


    Datte: 29/03/2025, Catégories: fh, inconnu, magasin, conte, contes, rencontre, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... mentir, je prends des trains à travers la plaine, après avoir récupéré la valise à la consigne. J’ai pris un abonnement illimité sur le réseau essehennesséhèffe. Dès que le soleil se couche, je deviens un oiseau de nuit au long cours, un migrateur ferroviaire et somnambule.
    — Vous devez en voir, du pays, entre deux Ikea !
    — Même pas, ou alors en rêve. Je dors à l’aller, je dors au retour, bercé par les cahots dans le wagon parfaitement désert. Le sommeil y est doux et chaud comme un ventre de femme. Au matin, quand vient l’heure de pointe, terminus : tout le monde monte et moi je descends. Cap sur la grande surface.
    — C’est moins intime…
    — Peut-être, mais les toilettes y sont plus propres.
    — Propres comment ? Soyez plus précis. Vous les recommanderiez à un tiers ?
    — Sans hésiter. Grandes, claires et récurées à l’aquavit, on dirait bien.
    — Dans ce cas, je vais m’y rafraîchir à l’instant. Merci du tuyau…
    
    Et elle s’évanouit aussitôt, me laissant aussi désemparé que l’on peut l’être face à une étagère en pièces détachées sans notice de montage. Je me replongeai pourtant sans dépit excessif dans la délicieuse lecture de mon livre.
    
    — C’est quoi, votre bouquin ?
    
    Elle était déjà de retour. Elle avait changé de tenue, mais son charme était intact.
    
    —Les batailles impudiques, un recueil de nouvelles.
    — Et c’est chouette ?
    — Mieux que ça. Une lecture hautement recommandable à un tiers, chère Juliette.
    — Juliette ? Vous n’y êtes pas. Je m’appelle Camille.
    
    C’est ...
    ... vrai que Juliette, la délicieuse menteuse en denim, était presque méconnaissable en Camille, jolie brindille inflammable en bas résille et talons aiguilles. Pour toute marque de surprise, je ne lui concédai que le haussement d’épaules de l’éternel blasé.
    
    — La sagesse populaire n’a pas tort : souvent femme varie.
    — Vous êtes misogyne ?
    — Non, simplement misanthrope.
    — N’empêche… Je parie que je vous excite, en salope.
    — Cessez de vous montrer prétentieuse. Et puis qui que vous soyez, je vous ai reconnue.
    — Quel exploit ! Vous êtes drôlement physionomiste, ironisa-t-elle.
    — Plus que vous ne le pensez. On s’est déjà rencontrés dans mon précédent texte, au mois de juillet. Vous y vendiez du Nutella. Et vous étiez déjà une vilaine petite allumeuse.
    — Alors là, bravo ! Dès qu’on veut allumer le feu, monsieur le radin vous inflige une douche froide ! Et puis il déraille, le parasite commercial et ferroviaire ! Cette gonzesse-là était une gamine aux cheveux blond vénitien et au visage semé de taches de rousseur !
    — Qu’est-ce que vous en savez ?
    — Vous n’êtes pas le seul à aimer la lecture, figurez-vous !
    
    Ça alors ! Croiser une de mes lectrices, si spontanée, latine, svelte et pourtant féminine, ici, au royaume nordique du prévisible gros paquet plat !
    
    — Vous m’avez lu ? Vraiment ?
    — Puisque je vous le dis. Lu et élu.
    — J’en suis ému.
    — Je vous plairais donc un peu aussi ?
    — Mieux qu’un peu. Beaucoup.
    — Juste beaucoup ? Y compris pas si honnêtement ?
    — Bien sûr ...