L'album photo d'Anne 1
Datte: 10/03/2025,
Catégories:
Entre-nous,
Hétéro
Auteur: Laetitia sapho, Source: Hds
... n’étais pas mariée, mais heureusement, mon père était assez ouvert d’esprit, du moins pour l’époque. En clair, on n’avait pas les mêmes droits que les hommes. Dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, malgré l’égalité universelle affichée, on avait un peu oublié la citoyenne.
Pensez donc, à cette époque, faire ce métier de photographe de presse. Une femme ? Pas un métier pour elle.
J’avais couvert quelques sujets en free-lance, fais quelques clichés intéressants. Mais j’avais du mal à les vendre. Parce que j’étais une femme, et aussi parce que je n’avais pas de nom. Une débutante. La presse achetait en priorité aux photographes connus du circuit. À ceux qui avaient leurs entrées dans les rédactions. À ceux qui avaient un réseau.
Et puis la chance m’a souri assez rapidement. Je me le suis fait ce nom. Avec un nom, une renommée, on a oublié que je n’étais qu’une faible et jeune femme.
Cette chance, ce fut le mois de mai 68. Mais je vais un peu vite…
Je louais un petit appartement que je partageais avec une copine, rue des Fossés Saint Bernard.
Il y avait un petit placard/dressing/débarras dans l’entrée. Je l’ai transformé en chambre noire. J’y développais mes clichés. J’ai acheté du matériel de développement d’occasion. Un stock de papier photo aussi, auprès d’un magasin qui fermait.
Je faisais des petits boulots pour payer le loyer, des ménages surtout. À l’époque, c’est tout ce qu’on proposait à une jeune fille. Ma copine aussi ...
... d’ailleurs. Elle était actrice, elle courait les castings pour décrocher des rôles. Et puis mon père m’envoyait un peu d’argent aussi.
On faisait un peu la fête avec ma copine. Des garçons de passage parfois, mais chut … C’est entre nous hein ! Et dès que je pouvais, je parcourais les rues, et je courais aux endroits à Paris où l’actualité se faisait. J’ai pris notamment des clichés lors d’incidents à l’université de Nanterre. Puis d’autres lors d’affrontements entre des lycéens de Condorcet et la police. Puis du ministre de l'Intérieur de l’époque, fustigeant les manifestants, lors d’un discours.
J’avais conscience qu’avec la censure ambiante, j’aurais du mal à caser mes photos de Condorcet ou de Nanterre. Ni celle des grèves des cheminots pour l’ouverture des Jeux olympiques à Grenoble en février.
J’ai aussi couvert en février 68, le renvoi du fondateur de la cinémathèque française, Henri Langlois, démis de ses fonctions sur demande du gouvernement, en froid avec André Malraux. C’est là que j’ai croisé pour la première fois, un jeune journaliste prénommé Pierre, que je retrouverai plus tard.
- Papy ?
- Ne soyez pas si empressés. Nous nous sommes croisés lors des affrontements avec la police devant la cinémathèque le 14 février 68.
- Genre le jour de la Saint Valentin…- On a juste échangé deux mots. Il m’a dit « Attention » en me tirant par le bras, alors que je m’approchais des manifestants. Un jet de grenade lacrymogène venait de partir. Je lui ai dit « Merci ...