1. Cœur de cible


    Datte: 05/03/2025, Catégories: f, fh, ff, amouroman, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe

    ... dévoyée, je m’impatiente déjà, je n’attends, je n’espère qu’une chose : que le sabre orgueilleux qui barre ma cuisse glisse enfin, déjà, maintenant, tout de suite dans mon fourreau ardent, plonge jusqu’à la garde et porte l’estocade. Qu’il soit sur moi, qu’il soit en moi, qu’il parachève et atteste ma victoire.
    
    Je pourrais le bousculer, le plaquer sur le dos, grimper sur lui et m’enfiler le cimeterre. Mais je connais les bonshommes, ce n’est pas à moi de le prendre, ce n’est pas à moi de mener la danse. Pas cette fois. Pas cette première fois ! Je dois m’ouvrir, m’offrir. Me soumettre librement à son joug. Il doit vaincre, chevaucher, dominer, m’assujettir ! En me prenant, il me sera redevable : qu’il me prenne donc, et c’est moi qui, en fait, l’attraperai, l’entortillerai dans mes nasses dont il ne pourra plus se défaire. Jamais !
    
    Alors, je l’attire sur moi, lui ouvre mes cuisses, offre le passage. J’adorerais qu’il fasse glisser son instrument dans mon ravin inondé, qu’il déniche et fasse iodler mon petit chantre décapuchonné, vibrer toute la manécanterie. J’adorerais. Une autre fois. Plus tard ! Tout à l’heure ! Nul besoin en effet du vibrato staccato du soliste rosé, je le sais, pour faire résonner les Grandes Orgues de madame. Un petit coup de piston dans le soufflet et l’harmonium céleste trompettera les accords puissants du chœur des esclaves affranchis. L’emballement au sérail !
    
    Le sentir en moi, enfin, palpitant, fougueux, si délicieusement envahissant ...
    ... est la consécration, l’aboutissement de ce rêve que j’ai cru voir échapper. Nous vibrons à l’unisson, savourons ensemble mes spasmes renversants, ses convulsions irrésistibles. L’imminence du séisme nous réjouit, nos frénésies nous portent. Ma chambre, tout l’étage, l’immeuble tout entier sont soudain satellisés, fondus, amalgamés à nous, dans l’unicité de nos corps réunis. Un et un font un : un sexcenti de cellules atomisées refusionné dans une tête d’épingle satellisée dans les éthers. Le vide intersidéral nous avale, le trou noir nous recrache dans la folle lumière de la voûte céleste.
    
    Waouh ! L’univers est trop trop beau !
    
    …/…
    
    Plus tard, après d’autres excès délicieux qui nous ont comblés sans pour autant nous rassasier, Olivier m’annonce qu’il sort un petit moment : « Mais je reviens, ne t’inquiète pas. Et au fait, qu’est-ce que je rapporte pour midi ? Sushis ? »
    
    J’appelle Trudie. Il faut bien que je lui livre les dernières nouvelles. Je lui dois bien ça. Mais je n’ai pas l’occasion d’en placer une :
    
    — Olivier est avec toi ? Non ? J’arrive !
    — Euh… mais il va revenir et j’ai…
    
    Trop tard, elle a déjà raccroché !
    
    Vingt minutes plus tard, elle débarque. Avec une blonde. Forte poitrine, bien sûr ! Michelle ? Et une grande boîte de sushis ! Les grands esprits…
    
    — Non, mais les filles, vous êtes adorables et merci pour tout ce que vous avez fait, mais… Olivier va revenir à midi et j’ai quelques projets…
    — Quelques projets ? Hétéro-tiques ! On n’est pas ...