1. Les derniers soupirs


    Datte: 04/03/2025, Catégories: hh, hplusag, hotel, amour, Transexuels confession, policier, Auteur: Samir Erwan, Source: Revebebe

    ... médias underground, la clientèle punk et/ou de gauche fréquentait la boutique, achetait des disques, discutait musique et culture. C’est à ce moment que j’ai rencontré Max et Stéphane, nous sommes devenus amis. Parallèlement, j’identifiais les différents courants de pensée de la Métropole, et j’avais dans le collimateur certains leaders étudiants ou progressistes dont Clive, entre autres, travailleur au Refuge de SDF.
    
    Un jour de pluie, un homme dans la fin vingtaine est entré : brun, cheveux mi-longs, barbe de trois jours, habillé en subversif avec des badges anarchistes. Après m’avoir salué automatiquement, il s’est mis à fureter dans les disques 45 tours. J’ai tenté de l’ignorer, je l’avais reconnu. Il me connaissait sous une autre identité. Je ne savais comment esquiver sa rencontre, étant seul dans le magasin. Le Service m’avait affecté à cette mission d’infiltration dans un quartier où j’avais déjà mis mes pénates, sous l’identité d’un professeur de littérature en sabbatique, il y a cinq-six ans. Sept ? C’était à l’époque de « 1000fleurs ». Et cet homme, qui se retournait pour questionner le vendeur de disques – moi ! – s’appelait Éric, avait été le colocataire de Raïssa lorsqu’elle était à l’Université. Et cet homme qui me demandait :
    
    — Auriez-vous des disques de Muddy Water ?
    
    Je l’avais déjà recruté. Puis abandonné.
    
    — Oui, dans le bac à gauche, là-bas… lui ai-je répondu nonchalamment sans le regarder.
    
    Mais Éric s’est attardé. Je me suis senti obligé ...
    ... de me retourner et de soutenir son regard. Il n’en croyait pas ses yeux de me retrouver vêtu en grunge, alors qu’il ne m’avait connu qu’en professeur/espion/analyste. J’ai souri. Il restait coi. C’était en partie grâce à lui que j’avais pu coincer la taupe.
    
    — Salut Éric.
    — Tu es bien celui à qui je pense ?
    — Oui.
    — Mais alors… ?
    — Comment vas-tu, depuis nos dernières rencontres ?
    
    Éric a souri aussi, visiblement soulagé, et nous avons engagé une discussion évoquant certains souvenirs et répercussions de la mission d’infiltration « 1000fleurs ». Entre-temps, Éric s’était accoudé au comptoir, me fixait dans les yeux, tentait de me questionner sur une certaine personne sans en avoir l’air. Il a regardé autour de lui pour s’assurer de ne pas être écouté pour me demander ensuite :
    
    — Mais qu’est-ce que tu fais ici ? tout en chuchotement.
    — Je tiens ce magasin de disque…
    — Mais tu travailles toujours pour… euh… ?
    — Oui, ça ne sert à rien de te le cacher. Tu l’as déjà su…
    
    Il a acquiescé, me scrutant les yeux, tentant de deviner quelque chose. J’ai eu l’idée de le recruter de nouveau, peut-être m’apportera-t-il des infos sur ces courants de pensées gauche/droite sur lesquels ma mission d’infiltration portait.
    
    — Qu’en dis-tu si on va prendre un verre ? Je ferme la boutique.
    
    Nous nous sommes retrouvés dans l’alcôve d’un bar et avons bu des pintes de blonde. À grandes lignes, je lui ai expliqué ma mission et je l’ai bien averti : actuellement, seul lui, Éric, ...
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