1. La der des ders


    Datte: 28/01/2025, Catégories: fh, couple, amour, caresses, mélo, nostalgie, historique, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe

    ... elle décide d’apprendre à conduire, rapidement elle obtient son certificat de capacité. Le dimanche, elle pourra emmener Albert à la campagne. Moment bucolique avec celui qu’elle aime par-dessus tout. Les guinguettes du bord de Marne lui rappellent sa jeunesse. Albert se laisse guider quand ils dansent enlacés, personne ne peut deviner son handicap. Il est heureux.
    
    Pourtant, Albert souffre. Il ne dit rien pour ne pas inquiéter Lison. Il a du mal à respirer. Il se réveille toujours la nuit sans pouvoir se rendormir. Il a peur, peur de laisser Lison seule, mais il garde sa peur cachée au fond de lui.
    
    Ce matin, Albert a du mal à respirer, Lison va chercher le médecin qui l’hospitalise en urgence. Très vite, elle comprend qu’il n’y a plus rien à faire, le gaz moutarde continue de lui ronger les poumons. Lison reste auprès de lui, elle le tient par la main, lui parle des enfants, de son travail, des chemins de fer, parfois elle devine un pâle sourire sur ses lèvres.
    
    Cet après-midi, elle s’est assoupie, sa tête contre la sienne, le tenant par la main. Quand elle se réveille, elle sent que sa main ne la serre plus. Son sixième sens, elle a compris, elle ne peut empêcher des larmes de couler. L’infirmière le lui confirme, Albert est mort en lui tenant la main. Il a l’air apaisé, ses traits sont détendus, il a fini de souffrir.
    
    Quand, pour la consoler, la famille dit à Lison « c’est mieux comme ça, il souffrait trop », Lison sait qu’elle est égoïste en pensant « non, non, ...
    ... c’est faux ! Il n’est pas mieux là où il est », même s’il souffrait, il était vivant, vivant pour elle.
    
    ---oOo---
    
    Son fils organise les obsèques, Albert sera enterré au cimetière de Montmartre.
    
    Son camarade Fernand est là, il pleure son ami. Après la cérémonie, Lison l’invite dans le petit café en face du cimetière, avec la famille :
    
    — Tu es seul ? Marguerite n’est pas venue avec toi ? lui dit Lison un peu déçue.
    — Je vis seul maintenant. Marguerite ne m’a pas attendu. En rentrant, j’ai trouvé un gamin de six mois à la maison. Un homme avait pris ma place dans mon lit. J’ai même dû trouver un autre logement.
    — Excuse-moi, je ne savais pas. Tu n’as jamais rien dit quand tu venais voir Albert.
    
    En la quittant, ils se regardent sans trop savoir quoi faire. Ils partagent la même émotion, la même peine. Instinctivement, elle refuse la main tendue et embrasse Fernand sur les deux joues.
    
    Lison est troublée, depuis le temps qu’un homme ne l’a pas prise dans ses bras. Ils se sourient, Fernand est timide, réservé, il semble heureux avec Lison, mais ce n’est pas lui qui ferait le premier pas.
    
    Elle sent que s’il s’en va, elle ne le reverra jamais. Sa décision est prise. Pour ne pas le laisser partir, elle l’invite à dîner un soir. Il n’accepte pas, bien sûr, elle doit insister.
    
    Quelques jours plus tard, il arrive chez elle un gros bouquet de fleurs à la main. Lison a été ravie de préparer un petit repas, comme avant. Ils parlent d’Albert, des jours heureux, mais ...