1. La der des ders


    Datte: 28/01/2025, Catégories: fh, couple, amour, caresses, mélo, nostalgie, historique, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe

    ... elle comprend son désarroi. Mais la liste est longue et certains soldats ont perdu leur plaque :
    
    — Ah si ! Voilà ! Albert Duval du 26e régiment d’Infanterie.
    — Oui, c’est lui… Il est là ? Comment va-t-il ?
    — Il a été gazé. On va vous conduire à lui.
    — Gazé ?
    — Cette guerre n’a pas été très propre. Ils ont utilisé une saloperie, du gaz moutarde. Ils sont nombreux comme votre mari.
    
    Lison suit maintenant une toute jeune femme, encore adolescente, qui porte un brassard avec une croix rouge. De longs couloirs. Dans chaque salle, les lits contiennent des mourants plus que des hommes. On entend des gémissements. L’odeur du sang et de la sueur prend à la gorge, ça sent l’urine, Lison a un haut-le-cœur. Elle tremble, se rendant compte de ce que ces hommes ont vécu. Et si Albert était comme eux.
    
    Passant dans une salle, Lison est effrayée, la jeune femme lui conseille :
    
    — Ne les regardez pas, ils ne sont pas très beaux. Ce sont les gueules cassées, un éclat d’obus leur a arraché une partie du visage.
    
    Lison à la gorge serrée, et si… Sa jeune guide la sort de sa torpeur :
    
    — Voilà les salles des gazés. Ils sont plus de trois cents, je vous laisse. À vous de trouver votre mari. J’ai encore du travail.
    — Bon courage, madame, lui dit Lison, étonnée que l’on puisse vivre toute la journée dans une telle ambiance, et avoir encore le courage de sourire.
    
    Elle ferait des cauchemars toutes les nuits, mais peut-être que cette jeune fille fait des cauchemars toutes les ...
    ... nuits.
    
    Lison passe dans les allées, scrute les visages, se demande si elle va reconnaître son mari parmi ces corps sales, pas rasés, les yeux souvent exorbités, un bandage autour de la tête.
    
    Soudain, elle s’arrête hypnotisée par le corps étendu sur le lit devant elle. Avec un bandeau sur les yeux, elle a du mal à le reconnaître, mais elle est certaine que c’est lui. Sans faire de bruit pour ne pas le réveiller, elle s’approche lentement. Une petite pancarte au pied du lit, c’est bien lui, c’est Albert. La gorge nouée, elle retient difficilement ses larmes.
    
    — Albert ? dit-elle doucement.
    
    La tête se tourne vers elle, vers le son de sa voix.
    
    — Albert.
    
    Un pâle sourire se dessine dans sa barbe en bataille, tandis qu’il hoche doucement la tête :
    
    — Lison ? …
    
    Des larmes semblent couler de dessous son pansement.
    
    Lison se précipite, elle étreint ce corps meurtri, d’une maigreur à faire peur :
    
    — Albert. Enfin, je te retrouve.
    — Lison, Lison, toi, dit-il en serrant sa main.
    
    Une infirmière accourt :
    
    — Ce monsieur, c’est bien votre mari ?
    
    Lison fait oui de la tête. Elle apprend qu’Albert a perdu l’usage de la vue, il restera aveugle toute sa vie. Sinon il n’a pas d’autres séquelles comme beaucoup d’autres. Il peut rentrer chez lui, il faudra seulement lui changer les pansements tous les deux jours.
    
    Lison reste à son chevet toute la nuit, lui parle des enfants, de sa vie à Paris, de leur vie qui va reprendre. Lui ne dit rien, il n’y a pas de mots pour ...
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