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La der des ders
Datte: 28/01/2025, Catégories: fh, couple, amour, caresses, mélo, nostalgie, historique, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe
... A-t-il reçu sa réponse ? Ses réponses ? S’il avait été tué, elle aurait reçu, comme beaucoup de voisins, la visite de militaires venus en grande pompe annoncer la mauvaise nouvelle. Il reste un petit espoir, mais elle tremble tous les jours, où est-il ? Pourquoi n’est-il pas encore rentré ? Comme beaucoup de femmes, Lison se rend tous les jours Gare de l’Est à l’arrivée des trains remplis de soldats, des maris, des pères, des fils vivants. Elle se hisse sur la pointe des pieds pour voir plus loin sur le quai, aujourd’hui il va arriver, elle en est sûre, ils vont se retrouver. Elle va le voir parmi ces êtres dépenaillés, hirsutes, parmi ces ombres qui marchent le regard fixe. Mais rien, désespérément rien. Pourtant, cette fois, elle croit reconnaître, oui c’est bien lui, pas de doute, c’est Fernand l’ami d’Albert. Ils sont partis ensemble, il a peut-être des nouvelles. Lison court vers lui : — Fernand ! crie-t-elle de loin. Il ne l’entend pas, sa voix est couverte par le brouhaha de la gare. Enfin, il lève les yeux, des yeux vides ou trop pleins d’horreurs. Un pâle sourire se dessine sur son visage en apercevant Lison. De joie, elle se jette à son cou : — Fernand… comme je suis contente. — Lison… Je suis heureux de te voir. — Dis-moi, où est Albert ? Il est mort n’est-ce pas ? — Non, voyons. Il a été blessé. Tu n’as pas été informée ? — Non. Comment va-t-il ? — Je n’ai pas de nouvelle ! répond-il avec un geste d’impuissance… Il a été évacué sur ...
... l’hôpital de Sainte-Menehould, après une attaque de la tranchée peu avant la fin de la guerre. Je ne sais pas s’il y est encore. Ils sont tellement nombreux, mais rassure-toi, s’il était mort, tu aurais été prévenue. — J’espère tous les jours… Et toi, Fernand ? Tu as l’air en forme. Je suis tellement heureuse de te retrouver. — Moi aussi, Lison. — Marguerite n’est pas venue te chercher ? — Elle ne sait pas que je rentre aujourd’hui, je vais la retrouver chez nous. Ce sera la surprise. J’ai hâte de la serrer dans mes bras. — Je ne te retiens pas. On te fait signe dès qu’Albert sera rentré. — Oui, tiens-moi au courant… et si tu as besoin d’aide, n’hésite pas. — D’accord… allez, va vite. Après une bise rapide, Lison voit Fernand s’éloigner pour retrouver sa femme. Elle est heureuse pour eux, elle imagine le retour d’Albert. Mais il est blessé. Pourquoi ne l’a-t-on pas prévenue ? Enfin, il est vivant, l’espoir renaît. Pendant deux jours, elle s’applique à contacter l’administration militaire, impossible de savoir, ils sont débordés. Aussi décide-t-elle d’aller sur place. Dès le lendemain, elle prend un billet de train pour Sainte-Menehould, pas loin des combats si meurtriers. Le train est bondé, rempli de femmes qui elles aussi, comme Lison, recherchent un parent. L’hôpital est facile à trouver, il suffit de suivre le flot ininterrompu qui traverse la ville. Les contrôles à l’entrée sont sévères, il y a tellement de demandes. La jeune femme qui l’accueille est gentille, ...