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La promotion de Jojo
Datte: 14/12/2024, Catégories: inconnu, caférestau, amour, revede, nonéro, nostalgie, portrait, regrets, Auteur: Abdul, Source: Revebebe
... maladie qui, à l’époque, épargnait rarement ses victimes. Après ce drame familial, Jojo n’avait eu d’autre choix que de mettre fin à ses études pour travailler et assurer ainsi des revenus à sa mère inactive et à lui-même. Grâce à une vague relation de la famille, il avait pu obtenir une vacation au ministère où il commença sa carrière dans le service en charge des déménagements et du mobilier. Un poste tout à fait adapté à ce garçon frêle d’un mètre soixante-huit pour cinquante-trois kilos. Néanmoins ce jeune homme astucieux et respectueux sut profiter de cette véritable opportunité pour changer de métier et bénéficier de l’avènement de l’informatique, discipline alors en plein essor et à ce titre véritable eldorado pour tous les sans-grade et les parias dotés d’un esprit logique et d’un certain bon sens. Le bon sens étant la chose la mieux partagée du monde, si on en croit Descartes, cette révolution ouvrit à Jojo la voie qui lui permit de franchir avec succès le maquis des concours de la fonction publique etin fine de réunir en ce jour de gloire ceux qu’il avait côtoyés depuis le début de sa carrière. Pour ma part, je n’avais pas encore atteint trente ans et contrairement à Jojo et ses collègues, je faisais partie des premières promotions de diplômés en informatique. Jeune ingénieur, j’avais été embauché par une SSII, comme on appelait à l’époque les marchands de viande qui se faisaient des fortunes en plaçant des informaticiens plus ou moins compétents chez ...
... leurs clients. Et au cours des premières années de ma carrière professionnelle, j’avais enchaîné les missions jusqu’à ce que je me retrouve à exercer mes compétences dans une société d’assurance située dans le triangle d’or parisien. Après plusieurs semaines à tester les restaurants financièrement accessibles du quartier et à me régaler de sandwichs plus ou moins appétissants pour me sustenter à l’heure du déjeuner, j’avais découvert par hasard le bistrot de Kader. Et je me rendis très vite compte que sa table avait sans conteste le meilleur rapport qualité-prix du huitième arrondissement plus réputé pour ses établissements étoilés que pour ses gargotes. Je m’y rendais donc le plus souvent possible pour bénéficier d’une cuisine familiale tout à fait correcte. Mais pas seulement. Kader, le patron, était d’origine kabyle. C’était un garçon sympathique de trente-cinq ans environ, bien fait de sa personne, marié à Nadia, une brune élancée au visage délicat et aux formes avenantes. La plastique de Nadia n’avait rien à envier à celle d’Isabelle Adjani à l’époque où cette star naissante obtint le rôle principal dans le film « L’été meurtrier » de Jean Becker. À l’époque, je me souvenais d’ailleurs parfaitement, comme sans aucun doute de nombreux spectateurs masculins, de quelques scènes particulièrement inspirantes de ce film culte. Nadia et Kader assuraient tous les deux le service du restaurant et ils avaient l’air parfaitement intégrés dans cet arrondissement ...