1. L'essayer, c'est l'adopter


    Datte: 05/12/2024, Catégories: fh, couleurs, asie, amour, mélo, rencontre, amouroman, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... vous, j’ai besoin de vous ici. Je vais vous faire une confidence. Vous avez vu mes deux oiseaux ?
    — ??
    — Ma fille et mon gendre… Hélas, tout ce que mes aïeux et moi avons construit va devoir changer de mains. Ces deux incapables ne pourront à l’évidence pas reprendre le groupe. J’ai besoin d’un successeur, à soixante-dix ans j’arrête. Depuis que je vous connais, j’éprouve un grand soulagement. Je pense avoir trouvé la personne à qui j’aurais envie de laisser les rênes.
    — Trop d’honneur, Monsieur, je ne sais pas quoi dire ni si j’en suis capable. Il y a si peu de temps que je travaille pour vous…
    — En matière d’hommes, je ne me suis jamais trompé. J’ai l’instinct pour ça, et il ne me faut pas des années, dix minutes suffisent. Apportez-moi la confirmation de ce que je pense et remettez-moi ce « bordel » sur les rails.
    
    En quittant la petite famille après le thé, je me suis dit que c’était un fameux manager, qu’il avait déjà dû dire ça à plein d’autres pour en tirer le meilleur et puis les laisser en plan par la suite. Mais bon, ça fait toujours plaisir sur le moment, et puis j’adore les challenges. Retour à Charleville en soirée. Il me restait quinze jours pour bâtir le projet et mobiliser des entreprises. J’allais peut-être commencer par là…
    
    En fait, j’ai tout fait plus ou moins en même temps. Et j’ai bien fait, car trouver des entreprises a été plus facile que prévu, les chantiers n’étaient pas si nombreux dans le secteur et les agences d’intérim pleines de bras ...
    ... disponibles. Le problème, c’était surtout les matériaux, car pour plafonner et cloisonner une telle surface, il fallait des camions entiers de plaques insonorisées qu’il a fallu faire venir de toute la France et même de l’Allemagne voisine. J’ai travaillé jusqu’à pas d’heures avec l’un des chefs de production, discret, efficace et influent sur le personnel, l’un des rares en blouse bleue. Notre projet était simple. Actuellement, les nouvelles machines avaient été installées à la place de celles qu’on n’utilisait plus. Résultat, pas de ligne de production cohérente, des transports incessants de pièces et déplacements du personnel, perte de temps, de productivité, augmentation des risques, du nombre d’accidents, de maladies réelles ou de simple fatigue dans cet environnement odieusement sale, bruyant et froid, torride en été. Je ne voulais plus qu’une arrivée de matériaux à un bout, une sortie de pièces à l’autre avec des sas et des rideaux d’isolation. Et entre les deux, des lignes de production cohérentes, séparées par des cloisons avec isolation phonique, comme les murs et le plafond.
    
    À la veille du quinze décembre, un vendredi, le chef de production demanda aux employés de tout ranger correctement en annonçant :
    
    — Lundi, on déménage !
    
    Lorsqu’ils virent arriver des conteneurs pour stocker les machines, il y eut un mouvement de panique du genre :
    
    — Ça y est, on délocalise et on va se retrouver au chômage !
    
    J’ai pu apprécier le calme et la force de persuasion du ...
«12...456...22»