1. Du rififi au hameau


    Datte: 18/11/2024, Catégories: fh, voisins, campagne, amour, rencontre, Auteur: Arpenteur, Source: Revebebe

    ... nettement plus froid. Je coupe à travers bois pour gagner deux précieux kilomètres, mais je ne reconnais plus rien et ne peux que constater que je me suis à moitié paumé. Certes, il faut descendre, descendre, toujours descendre, mais pas dans n’importe quelle direction sinon on risque de se retrouver loin du village.
    
    Et puis soudain, au coin d’un bois, je tombe nez à nez avec Jeanne. Elle est en train d’essayer de sortir son véhicule du ravin, mais comme c’est assez pentu elle a bien du mal. Quand elle dit « ravin », ce n’en est pas vraiment un, disons plutôt la pente naturelle de la colline. Lepick-up a simplement dévalé le long du terrain avant d’être arrêté par un arbre mort.
    
    — Tu n’y arriveras jamais toute seule avec la manivelle !
    
    Le treuil est solidement fixé sur une bille de bois coincée entre deux arbres. Le dispositif, finement étudié, est astucieux et en principe suffisamment costaud pour supporter les deux tonnes du véhicule.
    
    — Peut-être que si tu veux bien m’aider, je pourrais m’en sortir… Il faudrait que l’un de nous se mette au volant pendant que l’autre s’occupe du treuil…
    
    Elle me fait ses yeux de biche comme si nous étions copains de longue date. Après ce qui s’est passé ce matin entre nous, je peux difficilement lui refuser, même si j’insiste lourdement sur le fait qu’ensuite je descendrai en ville pour porter plainte à la gendarmerie.
    
    — On verra ça, on verra ça, répond-elle avec une pointe d’agacement.
    
    Elle a préparé le terrain, mis des ...
    ... branchages sous les pneus et tout le long d’une voie qu’elle a tracée à la pelle en vue de remonter la pente. Sacré travail, ça a dû lui prendre des heures, depuis qu’elle m’a quitté en fait, mais sans doute a-t-elle aussi commencé les jours précédents.
    
    — Ta voiture fonctionne ?
    — Oui, je l’ai remise en état et j’ai réussi à la démarrer hier.
    
    Elle sait vraiment tout faire, je ne peux être qu’admiratif, je me sens peu de choses à côté d’elle, dire qu’il y a une semaine elle était à moitié dans le coltard !
    
    Elle grimpe dans le véhicule, met en route le moteur, le 4x4 patine comme ce n’est pas permis, mais progresse quand même de trente centimètres, je sécurise avec le treuil. Nous avançons petit à petit, un mètre, deux mètres, trois mètres, une dizaine de mètres c’est encourageant. Il est temps de changer les branchages de place et de positionner deux souches derrière le véhicule pour l’empêcher de reculer.
    
    Je ne sais pas comment elle fait, je suis déjà fourbu, mais elle m’encourage à continuer. Deux heures plus tard, nous y sommes presque, encore un petit effort et lepick-up sera bientôt sur le chemin. Mais je n’en peux plus, je demande une pause que ma comparse accepte à contrecœur.
    
    — Je ne sais pas ce que tu en penses. Mais ce n’est pas parce qu’on a baisé ensemble qu’il y a des sentiments entre nous, me dit-elle soudain de façon abrupte en profitant du temps mort.
    
    Je ravale ma salive. Je n’en pense rien, si ce n’est que ça conforte l’image d’antisociale ...
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