1. La sculptrice aveugle - suite


    Datte: 10/08/2024, Catégories: fh, handicap, complexe, amour, fdomine, pénétratio, initiatiq, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    ... détour :
    
    — C’était bien, mais maintenant, il faut que j’y retourne.
    
    Romuald sourit devant tant d’impétuosité et lui demanda juste où se trouvait la douche.
    
    — C’est un atelier, mon loulou, il n’y a pas de douche. Tu veux te laver ? Grand bien t’en fasse ! Il y a un lavabo dans le coin.
    
    Sans le moindre regard vers son amant encore au sol, elle s’en retourna vers son œuvre.
    
    Que venait-il de se passer ?
    
    Soliflore s’était tout simplement servie tandis que Romuald, lui, avait espéré. L’une avait répondu à un besoin, l’autre à une envie. Elle avait consommé, il avait savouré.
    
    Romuald était encore au sol, à la recherche de son souffle, dans un état de béatitude consommé. Il regardait cette femme, qui lui avait tant donné, se comporter comme une étrangère… Pire, comme s’il n’existait pas.
    
    Il avait envie de s’exprimer, lui rappeler sa présence et surtout de lui dire à quel point il avait aimé cette communion, mais il resta coi. Il se contenta de se dire pour lui-même :
    
    — Muet comme une carpe ! T’es qu’une carpe.
    
    Sans doute voulait-il se dire : « t’es qu’une carpette ».
    
    Tout à son œuvre, l’artiste était déjà ailleurs, tel un livre que l’on ferme, elle avait tourné la page de cette agréable incartade. Son travail était de nouveau au centre de ses pensées, de ses envies. Le plus important à ses yeux était de reprendre sa sculpture. Rien ne comptait plus maintenant que de compulser dans la création.
    
    L’univers créé était comme un prolongement d’elle-même, ...
    ... un monde intérieur révélé, un monde plus beau, un monde où la laideur et la beauté s’accouplaient pour s’affranchir de la réalité et du jugement de l’autre.
    
    Son œuvre, l’œuvre de sa vie de créatrice était une critique acerbe du « Paraître » auquel la société s’attachait et plaçait en si haute estime sur un piédestal. Nous attachions plus d’importance au regard, au visuel qu’à l’intellect.
    
    Nous n’écoutions plus les voix des chanteurs, mais regardions leurs plastiques, une paire de belles fesses faisaient vendre la dernière des conneries à la mode. Les artistes adoptaient une gestuelle, un rythme dans la voix, se balançaient pour montrer à quel point « ils sont cooooollls, mec ! La coolattitude, mec ! »
    
    On félicitait les belles femmes en leur accordant des prix, « bravo, vous êtes belle ! ». Et pourtant, cette miss France de pacotille, cette belle de façade était faite du même bois, constituée exactement des mêmes atomes, du même caryotype, des mêmes brins d’ADN que cette pauvre miséreuse qui vit dans la rue et que les gens ne regardent même pas. Personne ne loue la laideur « Bravo, vous êtes moche ! ».
    
    De la surface. Rien que ça. Grattez un tant soit peu le vernis et vous entriez dans un vide intersidéral, un trou noir insondable.
    
    Soliflore en était intimement persuadée, son œuvre devenait un impératif. Et la question qu’elle ne se posait plus « à quoi sert l’art ? » était depuis longtemps résolue. L’art est une revendication, une critique et une solution.
    
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