1. Tout se joue le 18 juin.


    Datte: 31/01/2024, Catégories: revede, nonéro, portrait, merveilleu, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    ... lesquels quelque quatre cent Jägers – des chasseurs de Hanovre - et sept cents hommes de l’armée du prince de Weimar sont barricadés ; l’idée étant de percer l’aile droite de Wellington.
    
    Une boucherie.
    
    Napoléon n’a comme moi qu’une idée du déroulement de l’attaque. Une clameur lointaine, les tonitruants tirs d’obus, les explosions et les fumées épaisses qui se dégagent à l’horizon, les odeurs qui parcourent les obstacles pour titiller nos narines témoignent de l’âpreté des combats.
    
    Je ne suis pas là, je suis dans une cave et je touche du doigt un corps frêle, évanescent. Et j’écoute une voix légère et vive et je sens un parfum de fleurs. Et je suis subjugué par une teinte de cheveux que je n’avais pas encore connue. Et je me perds dans les taches de rousseur qui subliment un visage parfait. Et je me noie dans des yeux couleur azur.
    
    A treize heures trente, Sur l’aile droite de notre A : la ferme de la Haye-Sainte. Mille six cent Prussiens auxquels s’ajoutent les compagnies de fusiliers anglais et aux avant-postes, sept mille baïonnettes Anglo-hanovriennes. Le général Drouet d’Erlon, commandant du 1er corps d’armée est chargé de s’emparer des lieux. Depuis la porcherie, les assaillants sont repoussés notamment par le Baker, l’arme des Anglais, un fusil à canon à la précision redoutable.
    
    De la charcuterie.
    
    Peu importe les pertes, il faut avancer. Le nombre de morts ne compte pas pour le stratège de génie qu’est l’Empereur. Que des hommes meurent, cela ne ...
    ... l’émeut pas. Ils sont militaires, ils sont soldats, les pertes font partie de ce jeu sanglant. Les braves le savent et leur sacrifice ne sera pas vain.
    
    J’entends les cris plus distinctement à présent, le front est plus proche de ma position d’observation, mais de voix, je n’en retiens qu’une.
    
    Elle a une intonation chantante, elle ne crie pas, elle est douce, elle me susurre des mots à l’oreille, des mots que tout homme rêve d’entendre.
    
    - Je suis là, à tes côtés l’étranger.
    
    Je suis ailleurs, je la tiens par les mains, je la relève. Elle me caresse, le visage rougi et suit de ses doigts fins les cicatrices et les balafres, stigmates que les combats menés ont dessinés à même la peau. Je frissonne, j’ai la chair de poule, mon corps réagit à cette félicité et je suis prêt à m’abandonner.
    
    A seize heures, tandis que les Français tentent toujours de prendre La Haye – Sainte, le général anglais Uxbridge envoie sa cavalerie, massacrant l’infanterie française. Les cavaliers anglais et écossais ne font pas dans la dentelle et massacrent les fantassins qui sont sabrés, qui sont décapités.
    
    Amusant.
    
    Néanmoins, Napoléon croit toujours en ses chances, rien n’altère son excellente humeur. Les combats se sont rapprochés, je ne devine plus, je vois. La lutte est sanglante comme je l’ai déjà vu à multiples reprises, le bruit est si fort que nos tympans nous martyrisent et l’odeur âcre de la poudre à canons nous encercle.
    
    Et je sens ce doux parfum fleuri, est-ce de la bergamote ...
«12...789...»