1. 0320 Pourvu qu’on continue à rêver.


    Datte: 13/01/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... qu’il n’y a pas eu de nouvelles complications. Un autre pas en avant. Et que si tout va bien, ils vont le laisser émerger tranquillement en fin de journée. L’horizon semble s’éclaircir un peu, enfin, après 48 heures d’inquiétude et de désarroi.
    
    — J’ai aussi parlé avec le chirurgien orthopédiste…
    
    — Il a dit quoi ?
    
    — Les ligaments croisés antérieurs sont déchirés. Il va falloir opérer au plus vite. Sa cheville est en vrac aussi, le tendon d’Achille est arraché.
    
    — Putain, la totale ! fait Maxime, l’air bouleversé.
    
    — Il va devoir affronter de longs mois de rééducation…
    
    — Il pense qu’il pourra rejouer un jour ?
    
    — Il ne m’a pas semblé très optimiste à ce sujet.
    
    — Oh putain !!! Putain !!! Putain !!! s’emporte le petit brun.
    
    — J’en ai un dégoût, tu peux pas savoir, fait Mr Tommasi, l’air épuisé, perdu, ahuri, prenant appui des épaules contre la cloison du couloir. Je ne sais même pas comment on va pourvoir lui annoncer tout ça quand il se réveillera.
    
    — On va l’aider, on ne va pas le lâcher d’une semelle, et il va revenir au top ! fait Maxime, dans une soudaine démonstration d’optimisme qui n’est en fait que le reflet parfaitement symétrique de son inquiétude.
    
    Les mots du petit brun ressemblent en effet à une réaction au désarroi de son père, à une façon de refuser une réalité trop dure à accepter.
    
    — Je m’en veux tellement de ne pas lui avoir dit à quel point je suis fier de ses exploits au Stade ! se morfond Mr Tommasi.
    
    — Et pourquoi tu ne l’as ...
    ... pas fait ? l’apostrophe Maxime. Tu peux pas savoir à quel point il attendait que tu lui montres que tu étais fier de lui ! C’est pourtant pas faute de te l’avoir dit !
    
    — Tu sais bien que depuis le départ de votre mère, entre Jérém et moi ça n’a jamais été facile. Et puis, je n’ai jamais été doué pour montrer ce que je ressens…
    
    — C’est ton fils, et tu dois te démerder pour lui dire que tu es fier de lui, si tu es fier de lui, putain !
    
    — Je suis fier de lui, et je suis fier de toi. Vous êtes deux garçons merveilleux.
    
    Une infirmière vient annoncer que la famille est autorisée à aller voir le patient.
    
    — Je laisse ses frères y aller d’abord, ment le père sans hésiter.
    
    — Vous avez trois beaux garçons, elle commente, en n’y voyant que du feu.
    
    — Je ne me plains pas…
    
    Je laisse le vrai frère y aller avant moi. Il en revient en larmes.
    
    C’est à mon tour d’y aller. J’ai l’impression de revivre l’angoisse du premier accident de Jérém, en pire. J’ai les jambes en coton, le cœur en fibrillation, je ressens une oppression étouffante dans mon torse, j’ai du mal à respirer.
    
    Jérém est allongé sur le lit médicalisé, les yeux fermés, un masque respiratoire sur la bouche. Moi non plus je ne peux retenir mes larmes. Pourvu qu’il se réveille, pourvu qu’il n’en garde aucune séquelle.
    
    Et en même temps, je me surprends à redouter l’instant où il se réveillera, où il apprendra la gravité de ses blessures, et le long parcours difficile qui l’attend pour remonter la pente. ...
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