1. Histoire des libertines (99) : Tullia d’Aragon, la courtisane philosophe


    Datte: 09/01/2024, Catégories: A dormir debout, Auteur: Olga T, Source: Hds

    ... célèbre beauté de son époque ». L'identité de son père est inconnue même si les soupçons se portent sur le cardinal Luigi d'Aragona, qui était lui-même le petit-fils illégitime de Ferdinand Ier de Naples. Tullia a été instruite par le Cardinal et s'est révélée être un enfant prodige.
    
    COURTISANE, MUSE ET POLITIQUE
    
    Après la mort du cardinal en 1519, Tullia passa sept ans à Sienne avant de retourner à Rome en 1526.
    
    Entrée dans le monde où sévissait la prostitution à l'âge de 18 ans, elle se positionna sur le marché comme une « courtisane intellectuelle » et a atteint le sommet de la hiérarchie en à peine 3 ou 4 ans. Cela n'était pas dû seulement à ses capacités à « divertir » mais surtout à une solide connaissance de la mode et son choix de renoncer aux excès de l'époque qui étaient la marque de sa simplicité.
    
    LES HERITIERES DES HETAIRES
    
    J’ai consacré deux textes aux hétaïres de l’ancienne Grèce : « (2) Le temps des hétaïres », paru le 14 août 2017 et « (88) Nééra, le parcours d’une prostituée de la Grèce antique », publié le 29 juillet 2021.
    
    Une nouvelle catégorie de courtisanes se développe dans cette Italie de la Renaissance. Ce n’étaient plus des filles de joie, mais de grandes dames, fort raffinées de mœurs et de langage, instruites, lettrées même, et qui vivaient, en apparence, le plus décemment du monde. On remplaça alors le nom de pécheresses (peccatrici) dont on les qualifiait naguère, par celui de courtisanes (cortigiane) ou par cet autre, très ...
    ... symbolique, de femmes « del buen tempo », de joyeuse vie, on pourrait presque dire du gai savoir.
    
    Les courtisanes de la Renaissance sont les dignes héritières des hétaïres grecques. Comme l’écrit Marc Lemonier « elles font l’amour avec leurs clients, mais sont surtout recherchées pour la grâce de leur esprit et de leur conversation ».
    
    Le métier de courtisane a dû apparaître à Tullia d’Aragon comme la seule solution pour valoriser une formation pointue. Dès l’âge de 18 ans, Tullia collectionne les protecteurs et amants fortunés. Elle va parcourir la péninsule, de lit en lit, et de salon en salon.
    
    Elle a été souvent vue en compagnie de poètes, comme l’humaniste Sperone Speroni (1500-1588). Les documents disponibles indiquent que Tullia a été très mobile et se trouvait à Bologne en 1529, où le pape Clément VII et Charles Quint étaient engagés dans des négociations après le sac de Rome en 1527.
    
    En 1531, elle séduit le banquier Filippo Strozzi (1489-1538), un magnat de la banque florentine, qui a été célèbre en Italie pour avoir « croqué » la plus belle courtisane de l'époque, Camilla Pisana. Tullia avait approché Strozzi à un tel degré qu'elle avait connaissance de secrets d'état, ce qui la fit rappeler à Florence.
    
    Parmi ses autres amants, Emilio Orsini avait créé pour elle une compagnie de six cavaliers.
    
    En 1535, nait sa fille, Penelope d'Aragona.
    
    LA REINE DE VENISE
    
    À l'âge de trente ans, Tullia déménage à Venise, la ville où la compétition était la plus ...