1. Barreau de chaise


    Datte: 05/01/2024, Catégories: fh, rencontre, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe

    ... toiser, puis tend son bras, pointe son index vers lui :
    
    — Non, mais toi alors, lâche-t-elle simplement d’une voix rauque.
    
    « Je ne sais pas d’où il sort celui-là, mais il n’est pas banal ! Un baratineur de première ? Mais bon, dragueur ou pas, je m’en fous ! Sûr qu’il me fait de l’effet, celui-là ! Et pas qu’un peu ! Merde ! »
    
    Lorsqu’il la voit relever le menton dans un air de défi, qu’elle porte lentement ses mains vers le nœud de son paréo, Julien comprend que la partie est gagnée. L’étoffe légère coule au sol, Marie expose fièrement sa pleine nudité avant de venir s’asseoir sur son bassin. Puis, presque brutalement, elle se couche sur lui et lui offre sa bouche.
    
    Leur baiser n’est pas simplement fougueux ou gourmand, il est terriblement, presque désespérément passionné, furieux, comme répondant à une urgence vitale, une nécessité absolue. Il n’a rien d’un préliminaire obligatoire à ce qui va suivre, il n’est pas juste le premier jalon incontournable de lacheck-list à respecter dans une course effrénée à l’orgasme. L’un comme l’autre le sentent, quelque chose de plus fort vient de les jeter dans un tourbillon démentiel, un cyclone dévastateur qui déjà les laissent pantelants.
    
    Lorsque asphyxiés, leurs bouches se séparent, ils restent un long moment à se regarder sans rien dire. Que pourrait-il lui dire de ce qu’il ne comprend pas, que pourrait-elle avouer de ce qui la trouble ? Chaque mot prononcé, quel qu’il soit, serait un aveu irrémédiable, si incongru, si ...
    ... incompréhensible que ni l’un ni l’autre n’ose dire quoi que ce soit.
    
    Alors, c’est du bout des yeux qu’ils se parlent, qu’ils se distillent ces inavouables mots d’amour. D’amour oui, incompréhensible sentiment qui vient d’éclore brutalement, d’exploser, de les sidérer et qui les terrasse, les jette dans un avenir qu’ils n’imaginaient pas, qu’ils n’espéraient même pas deux minutes plus tôt. Ils étaient partis pour baiser, joyeusement, s’envoyer en l’air avec fougue, les voilà à vouloir faire l’amour. Se faire l’amour, tendrement. Généreusement. Réciproquement. Offrir et s’offrir.
    
    Lentement, presque timidement, leurs bouches se rapprochent encore, leurs lèvres se frôlent, se goûtent délicatement, s’apprivoisent. Leurs souffles à nouveau se mêlent et leurs corps frémissent quand les langues se rencontrent. D’insupportables ondes délicieuses les chamboulent. Oublié, le premier baiser sauvage, ils s’offrent désormais de tendres bécots, des baisers presque frileux. Timides.
    
    Quelque chose déconne dans cette histoire ! À l’étape deux de lacheck-list de la bonne baise, Julien est censé empaumer les seins de Marie, les flatter, les malaxer et tout et tout. Au lieu de cela, il caresse les cheveux de sa belle, lui masse doucement la nuque !
    
    « Non, ce n’est pas vrai, c’est pas possible. Mais qu’est-ce qu’il fait ? Il faut que tu réagisses, ma belle. Ne te laisse glisser dans la guimauve, ne te laisse pas embobiner ! Merde, tu t’es débarrassée d’un mec, tu as retrouvé ta joyeuse ...