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0319 Les voies du rugby sont impénétrables.
Datte: 27/11/2023, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... salon. Je redoutais cet instant. — Viens un peu avec ton vieux père, on va regarder ton copain Jérémie faire la misère aux biarrots ! Entendre papa appeler Jérém « mon copain », le plus naturel du monde, me ferait tellement plaisir, si seulement c’était encore le cas. Ça ne l’est plus. Bien sûr, cette petite attention me touche, car il croit bien faire. Mais elle ravive violemment ma tristesse. — Ce n’est plus mon copain, papa. — Ah bon ? Et qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je n’ai pas envie de parler de l’homophobie ambiante dans le monde du sport qui nous a fait du tort, de son besoin de vivre caché pour vivre serein, et encore moins du fait que Jérém regarde désormais vers un autre gars qui lui semble mieux correspondre à l’homme qu’il recherche. Alors, je me contente de lui répondre : — C’est la distance qui nous a fait du tort… — Tu m’en vois vraiment désolé, j’étais si content de te savoir avec un gars comme Tommasi ! — Merci papa. — Et de quoi ? — Merci d’avoir su changer ton regard sur moi et de m’avoir accepté tel que je suis. — Il me faut un peu de temps pour comprendre les choses, parfois, il plaisante. — Et tu crois que c’est vraiment irrattrapable avec Tommasi ? il enchaîne. — Je ne sais pas. Je n’ai pas de ses nouvelles depuis trois mois. — Tu ne l’as pas appelé ? — Il ne veut plus me parler. — J’imagine que ça doit être dur pour lui de vivre sa vie dans ce milieu. — Il y a de ça, oui. — Mais il y a autre ...
... chose ? — Je crois qu’il est amoureux d’un gars de son équipe, je finis par lâcher le morceau. — Ah, zut, alors. Mais il est amoureux de qui ? — Uly… enfin, Klein. — Klein ? Lui aussi il est… ? — Je ne crois pas… enfin, je ne sais pas, et ça ne m’intéresse pas de savoir. Regardons le match, tu veux ? — C’est pour ça qu’on est là ! il me lance sur un ton enjoué, comme pour me signifier qu’il respecte mon besoin de changer de sujet. Le trombinoscope des basques défile à l’écran. Les visages des biarrots se succèdent devant mes yeux comme un compte à rebours, un décompte au bout duquel apparaitra le visage qui va me vriller les tripes. Je suis tellement happé par l’impatience et l’appréhension de le voir apparaître à l’écran, que je n’ai même pas le cœur à recenser les bogossitudes des joueurs du sud-ouest. Le portrait du dernier biarrot est suivi par celui du premier stadiste. Là ce n’est plus un compte à rebours, mais une roulette russe. Chaque visage peut être suivi par celui de mon bobrun. Ma respiration est comme suspendue, les battements de mon cœur avec. Et BAM ! Jérém apparait à l’écran et j’ai l’impression de recevoir un coup de poing dans le ventre. Les beaux cheveux bruns à peine un peu plus longs que dans mon souvenir, insolente crinière de jeune loup, tenus dans un véritable brushing de bogoss peigné vers l’avant, retombant légèrement sur son front. Le sourire ravageur, le maillot particulièrement flatteur vis-à-vis de sa plastique. Jérém ...