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0319 Les voies du rugby sont impénétrables.
Datte: 27/11/2023, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... prétendre le contraire, Jérémie. La lettre que Nico t’a envoyée t’a énormément touché, et depuis les tout premiers mots. Au fur et à mesure que tu les lisais, tu as senti ta poitrine se serrer si fort que tu as fini par avoir l’impression de ne plus pouvoir respirer. Cette lettre, totalement inattendue, carrément bouleversante, tu l’as lue et tu l’as relue, et elle t’a tiré des larmes. Car c’est la première fois que tu lis « je t’aime ». Et tu réalises que si te l’entendre dire c’est merveilleux, le lire c’est encore autre chose. Les mots dits passent. Et même si elles résonnent dans ton esprit, leur souvenir n’est pas aussi saisissant que la présence durable de celles qui sont écrites, et que tu peux relire à chaque fois que tu en as envie. Les mots écrits ne disparaissent pas. De plus, ils sont chargés de l’intention de celui qui les a écrites de les faire arriver jusqu’à toi. Pendant qu’il écrivait cette lettre, Nico était loin de toi. Et, pourtant, il a pensé à toi. Il a pensé à toi avant de l’écrire, pendant qu’il l’écrivait, en la postant, et encore après l’avoir postée. Il a dû se demander, et il doit probablement toujours se demander, qu’est-ce qu’elle allait t’inspirer. Cette lettre a traversé son esprit, sa main, puis des centaines de bornes pour arriver jusqu’à toi. Et maintenant, ces mots sont à toi, tant que tu voudras les conserver. Et ce sont des mots d’amour, de bien beaux mots d’amour. Une preuve tangible de l’existence, de la persistance de ...
... son amour. Cet amour qui te manque à en crever. Et le fait de le retrouver intact, après l’avoir tant malmené, te vrille les tripes. Si ses mots te touchent tant, c’est parce qu’elles pourraient être les tiennes. Si seulement tu avais le cran de les exprimer. Parce que pour toi aussi quelque chose de spécial a commencé au lycée, la première fois que tu as capté son regard. Tu as d’abord senti qu’il était impressionné par toi, comme pas mal de monde, d’ailleurs. Tu as senti son désir, timide, gêné, et pourtant brûlant. Mais tu as vite compris qu’il n’y avait pas que ça dans son regard. En fait, tu as surtout senti qu’il y avait vu que sous ta carapace de frimeur insolent, de petit con, de petit macho, se cachait un garçon sensible avec un énorme besoin d’être aimé. Et ça, c’était la première fois que tu le ressentais. Pour la première fois, tu avais l’impression que quelqu’un t’avait percé à jour. Cela t’avait d’abord mis en pétard. Depuis ton adolescence, tu avais tout fait pour cacher tout ça, celles que tu considérais tes faiblesses. Tu avais fait des pieds et des mains, des milliers d’heures de muscu et d’entraînement au rugby, de dizaines de nanas baisées et jetées juste après pour être considéré comme un « vrai mec », pour être respecté, jalousé, envié. Et y étais parvenu. Et là, en croisant le regard de Nico, tu avais l’impression d’être mis à nu. Tu avais l’impression que ce regard anéantissait tous tes efforts pour te créer une image dans laquelle tu te ...