1. L'arme de sang


    Datte: 06/09/2023, Catégories: ff, uniforme, nonéro, historiqu, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    Là-bas, sur les contreforts boisés quelques silhouettes s’activent. Le froid qui m’envahit contraste avec le soleil qui inonde pourtant la vallée. Il décline lentement sur l’horizon et ceux qui montent sont de plus en plus nombreux. Je vois Natalia qui ne bouge plus dans ce trou où nous patientons depuis des heures. L’œil rivé à nos lunettes de visée, nous attendons le bon moment. Disséminées tout autour de nous, d’autres formes camouflées sont figées dans une position identique. Vingt-deux ! C’est notre nombre pour faire face à la meute qui avance pas à pas dans notre direction. Natalia et moi, c’est une longue histoire ! Le reste de notre compagnie est décimé. Mais j’ai dans ma ligne de mire la croix de fer blanc sur la poitrine de ce qui me paraît être un officier.
    
    À juste un peu plus de vingt ans, nous nous apprêtons à livrer notre ultime combat. Natalia le sait, je le sais et tous ici savent. Notre commandant est tombé hier soir, je suis la cheffe pour ce dernier acte. Nous avons tous en tête l’ordre deux cent vingt-sept : « personne ne recule ! » Combien de munitions encore avant que nos deux mitrailleuses rescapées des tirs de mortier, ne se taisent ? Le canon de mon fusil est trop chaud pour tenir encore bien longtemps. Un obus éclate tout proche. Je vois une étoile rouge sur le haut du bras de Natalia… Un signe de la main… tout va bien. Elle me sourit, et me fait un autre geste de son bras indemne et rampe vers moi. Nous sommes le douze août dix-neuf cent ...
    ... quarante-deux… la journée va être longue ou courte, qui sait !
    
    La fille qui pose son sac à l’Institut national technologique d’aviation est jeune, belle. Un peu paumée, elle lève les yeux, m’aperçoit et me sourit. Alors, elle s’approche et nous nous saluons, enfin je lui parle.
    
    — Bonjour ! Je suis Maria Polivanova.
    — Salut… mon nom est Natalia… Natalia Kovchova. Je viens de Moscou, mais suis née à Oufa…
    — Ah… moi, je viens du gouvernement de Toula, en Russie centrale, tu connais ?
    — Non !
    — Bah… on est dans la même galère, non ? Je suis là pour défendre mon pays contre les fascistes ! Et toi ?
    — Pareil…
    — Alors, c’est bien ce que je dis, on est là pour bouffer du « boche ». Contente de faire ta connaissance donc, Maria Polivanova.
    — Ouais… merci. Comment c’est ici ?
    
    C’est le début d’une longue amitié… enfin longue surtout par son intensité. Nous avons deux ans d’écart et le climat dans lequel nous évoluons nous oblige à nous serrer les coudes. Alors ça nous rapproche. Deux femmes dans un monde d’hommes, pas simple tous les jours, nous sommes souvent la cible des quolibets des mâles qui s’imaginent que notre jeunesse fait de nous des proies faciles. Comme ils se gourent ! Il y a chez Natalia une force de caractère qui me surprend. Elle est toujours volontaire pour tout. Surtout pour se battre, et elle ne tient pas à donner sa langue au chat.
    
    C’est comme ça que nous nous retrouvons à suivre une formation de tireurs d’élite. Elle est plutôt douée Natalia. De mon côté, ...
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