1. Concours " Le déjeuner sur l'herbe" : Au bois de Saint-Amand (1)


    Datte: 23/08/2023, Catégories: Divers, Auteur: megalosex, Source: Xstory

    En ce bel après-midi d’été, Paul avait insisté pour qu’on fît atteler la calèche afin de se rendre au bois de Saint -Amand. Son frère, Louis, ayant abondé dans son sens, l’affaire était entendue. L’épouse de ce dernier, Héloïse, avait prévu quelques provisions, en cas de fringale, ainsi qu’une nappe d’une blancheur pareille à la neige. Et Alice, la cousine invitée, avait suivi.
    
    Une fois parvenus à l’orée du bois, Paul les entraîna vers le lieu qu’il avait repéré. Ils se trouvèrent face à une petite clairière, bien ombragée, avec, au fond, une mare d’eau claire, alimentée par un ruisseau.
    
    Ils admirent volontiers que l’endroit était fort agréable et ombragé de surcroît. C’est que ce début du mois de juillet 1870, était chaud. On aida Héloïse à déployer la nappe sur l’herbe, tout en déplorant qu’une telle blancheur ne résisterait pas longtemps.
    
    Une fois assis, ils échangèrent des banalités, jusqu’à ce que Paul les amène au sujet qui lui tenait à cœur :
    
    — N’est-il pas vrai que ce lieu évoque le décor d’un tableau, qui fait encore scandale ? Je veux parler du Déjeuner sur l’herbe,d’Edouard Manet. Et en ce lieu particulièrement isolé, il m’est apparu amusant d’en faire un tableau vivant.
    
    Louis esquissa un sourire ; connaissant le tableau, il devinait le désir de son frère. Cette extravagance, collait bien à son personnage. Louis, lui-même n’était pas le petit bourgeois engoncé dans ses principes : la bagatelle tenait une grande place dans ses plaisirs.
    
    Tout en ...
    ... parlant, Paul jetait de furtifs regards sur Alice. Depuis son arrivée, il était devenu plus qu’empressé, auprès d’elle. Et quand Louis l’avait vue, il n’avait pas été insensible à son charme. Mais il s’était retenu, craignant, bien à tort d’ailleurs, qu’Héloïse ne lui fît une crise de jalousie.
    
    À ce train- là, leurs regards finirent par se croiser. Paul s’attendit à ce qu’Alice baissât les yeux, gage d’une bonne éducation. Elle n’en fit rien, y ajoutant même un sourire narquois. Louis ne tarda pas à remarquer la chose :
    
    — Eh bien, que vous arrive-t-il, tous les deux ? Et vous, Alice, que je sache, vous n’avez rien d’une gourgandine !
    
    Elle se tourna vers Louis :
    
    — Qu’en savez-vous, mon cousin ? Et je ne suis pas si ignorante en peinture. Je connais assez bien ce tableau. À voir les yeux brillants de Paul, je m’imagine dans le rôle de la femme nue, n’est-ce-pas ?
    
    Ainsi interpellé, Paul se défendit, maladroitement :
    
    — Je n’ai rien dit de tel, Alice... vous... vous méprenez !
    
    — Allons, Paul, depuis que je suis arrivée, vous me couvez du regard. Vous cherchez un modèle à peindre ? Un modèle nu, ça va de soi. Et votre choix s’est porté sur moi. C’est bien ça ?
    
    Les yeux d’Alice pétillaient de malice :
    
    — Et si j’exauçais votre vœu ? Qu’en diriez-vous, Héloïse, Louis ?
    
    Visiblement, Louis n’y voyait aucun inconvénient. Qu’allait décider Héloïse, seule susceptible d’interrompre cet emballement ?
    
    — Je vois bien que mon beau-frère ne nous a amenés ici que ...
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