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Histoire des libertines (90) : Yu Xianji, courtisane et poétesse
Datte: 09/08/2023, Catégories: A dormir debout, Auteur: Olga T, Source: Hds
... cloîtrée, Yu continuera pourtant à voyager librement et fréquemment. Elle acquiert au passage de nouvelles connaissances et fait de nouvelles expériences. Les historiens chinois affirment même que Yu fut l’une des premières en Chine à afficher sa bisexualité ! Tout comme la poétesse Xue Tao (770-832), qui fut aussi courtisane, Yu Xuanji était en relation avec des lettrés de son temps. Ont été ainsi conservés deux poèmes adressés au poète Wen Tingyun (812-870), le maître de la poésie Ci, la poésie chantée. La légende leur attribue une relation amoureuse. Wen est un de ces hauts-fonctionnaires débauchés qui délaissent leur carrière pour fréquenter les maisons closes. C’est au contact des prostituées de haut rang, comme Yu, que Wen découvrira les arts et les lettres. Fréquenter ces femmes, obtenir leurs faveurs, exigeait de la persévérance pour les courtiser et de se ruiner en cadeaux pour les séduire. Quand elles avaient le choix, ces femmes préféraient devenir l’une des concubines d’un homme célèbre et riche, comme ce fut le cas pour Yu avec Li Yi. UNE MARTYRE Yu se retrouva au milieu des luttes de pouvoir de la dynastie Tang. C'est en effet la période où Wu Zetian s'est accaparée le trône et souhaite mettre en avant les hommes de son clan (dont son neveu Wu Chengsi) au détriment de ses fils, les Li, héritiers des Tang. Il est alors difficile pour les lettrés ayant pris position pour l'une ou l'autre des factions de vivre une vie sans tracas. Certains sont ...
... exilés, d'autres « promus » dans une contrée lointaine et ainsi éloignés du centre où les décisions sont prises. Il faut également savoir agir adroitement et éviter avec habileté les pièges tendus. Sans qu’on sache véritablement si sa rupture avec Li Yi fut à l’origine de sa chute, Yu fut accusée d'avoir battu à mort ou étranglé une servante. Yu Xuanji fut exécutée. Elle n’avait pas 30 ans. Nul ne sait aujourd'hui si la jeune femme était réellement coupable du crime dont elle fut accusée. L’accusation était sans doute mensongère. La « poétesse sacrée » paie sans doute sa liberté trop voyante. Cela ne lui serait sans doute pas arrivé si elle était restée sagement derrière les murs protecteurs d’un bordel de luxe. Je partage entièrement la conclusion de Marc Lemonier : Yu a payé de sa vie le fait d’avoir « franchi la frontière qui sépare la courtisane et la concubine d’un monde alors interdit aux femmes, celui de la liberté ». Et pourtant la Chine des Tang était quelque part plus ouverte d’esprit que le monde chrétien de la même époque, particulièrement dur avec la femme, « incarnation de la tentation et du péché ». On n’imagine pas, en Occident ou à Byzance, des bordels où les courtisanes sont éduquées pour devenir des artistes, des musiciennes, des intellectuelles. Et on imagine encore moins des couvents abriter des courtisanes, même si les ordres religieux durent souvent rappeler les règles face à des comportements jugés licencieux. Il ne faut pas pour autant ...